Vous traversez le Bassin en voiture. Entre Arcachon et le Cap Ferret, entre Gujan-Mestras et Andernos-les-Bains, entre La Teste-de-Buch et le Pyla, le décor ne change presque pas : des pins. À gauche, à droite, derrière les villas, au bout des pistes cyclables, jusque dans les jardins. Il y en a tellement qu'on ne les regarde plus. Ils sont là, comme les ronds-points.
Puis un jour, on se pose une question bête : et si cet arbre banal était l'un des personnages principaux de l'histoire du territoire ?
Ce n'est pas une formule pour faire joli. J'ai épluché les pages de l'ONF, du CNPF et de l'IGN, des études de la Revue forestière française, des archives historiques, des notices de la BnF, des communiqués de préfecture. Plus j'avançais, plus une idée s'imposait : le pin maritime n'est pas un élément de décor du Bassin. C'est une pièce de sa structure. Un pilotis.
Un pilotis, c'est ce qui tient une construction quand le sol n'est pas fiable. Les ostréiculteurs en plantent depuis toujours dans le Bassin, et il y a une jolie coïncidence : pendant longtemps, ces piquets étaient des troncs de jeunes pins, les fameux pignots (j'y reviens plus bas). Mais le pin a joué ce rôle de soutien bien au-delà des parcs à huîtres. Il a retenu le sable, fait vivre des familles, alimenté une industrie, vendu Arcachon aux malades du XIXe siècle, fourni charpentes, palettes et papier. Et il a brûlé en 2022. Ce qui se joue aujourd'hui autour de lui, avec une forêt qui repousse et un parasite microscopique qui rôde, dit quelque chose de l'avenir du Bassin.
Je vous fais une promesse : à la fin de cet article, vous ne regarderez plus jamais un pin du Bassin de la même manière. Et je ne vais pas parler que de botanique. Il sera question de droit médiéval, de résine, de chimie, d'huîtres, de médecine, de satellites, de génétique, de cernes d'arbres et même d'un ver de moins d'un millimètre.
La première surprise arrive très vite : contrairement à ce que l'on raconte depuis des générations, personne n'a vraiment « apporté » le pin maritime ici.
On ne remarque pas ce qui est partout. C'est le principe même d'un décor. Demandez-vous de décrire de mémoire le pin devant lequel vous passez chaque matin : il y a de bonnes chances que vous peiniez, alors que vous le croisez depuis des années.
Pourtant, cet arbre concentre une quantité de découvertes étonnantes. C'est un arbre indigène, donc pas importé comme on le croit. C'est une forêt ancienne, dont une partie obéit à des règles vieilles de près de six siècles. C'est une économie, d'abord de la résine, ensuite du bois. C'est un argument médical qui a vendu Arcachon. C'est un matériau de l'ostréiculture. C'est un combustible qui a alimenté les flammes de l'été 2022, puis un pionnier qui repart de zéro. C'est aussi un arbre sélectionné par des généticiens depuis des décennies.
Autrement dit, ce n'est pas un article sur un arbre. C'est un article sur le Bassin, vu depuis son tronc.
Commençons tout de même par faire connaissance avec lui. Car même son apparence réserve quelques surprises.
Présentations. Son nom scientifique est Pinus pinaster Aiton. C'est un conifère de la famille des Pinacées, et il est monoïque : le même arbre porte les organes reproducteurs mâles et femelles, le pollen voyageant surtout grâce au vent (fiche EUFORGEN). Vous le reconnaissez sans le savoir : ses aiguilles sont longues, rigides, réunies par deux, et mesurent généralement de 10 à 20 cm, parfois jusqu'à 25 cm selon les références. Ses cônes, que tout le monde appelle des pommes de pin, sont costauds eux aussi : souvent entre 10 et 18 cm. Quant à l'écorce, elle devient épaisse, brun-rouge sombre et profondément crevassée avec l'âge, comme le décrit l'ONF.
Côté taille, l'Inventaire forestier de l'IGN relève une hauteur moyenne de 18 mètres dans les peuplements inventoriés, avec des individus mesurés jusqu'à 36 mètres. D'autres références évoquent près de 40 mètres dans de bonnes conditions.
Et là, un paradoxe m'a fasciné. L'IGN indique un âge moyen d'environ 20 ans et des arbres qui dépassent rarement 100 ans dans son inventaire. On pourrait conclure que le pin maritime meurt jeune. Ce serait une erreur. Le pin des Landes est surtout une essence très cultivée, avec des rotations courtes : le modèle sylvicole landais produit du bois d'œuvre vers 35 à 50 ans, parfois 50 à 60 ans quand on vise une qualité supérieure (CNPF). Autrement dit, le pin ne meurt pas jeune. On le coupe jeune. La preuve : dans la forêt usagère de La Teste, que je vous présente plus bas, certains pins sont estimés à plus de trois siècles.
Il pousse vite, aussi. Selon le CNPF, la productivité moyenne de la forêt landaise est passée d'environ 4 à près de 12 m³ par hectare et par an en cinquante ans, grâce à la sylviculture et à l'amélioration génétique. Si vous voulez une fiche d'identité plus courte et généraliste, je l'avais publiée dans mon article Bassin d'Arcachon vert pin. Ici, on creuse.
Mais son véritable talent n'est pas sa taille. C'est de réussir à vivre dans un endroit qui ressemble parfois davantage à une plage qu'à un sol forestier.
Le sol landais n'a rien d'un jardin. Il est souvent acide, sableux et extrêmement pauvre. Le pin maritime y trouve au contraire son terrain de prédilection. Il réclame beaucoup de lumière, supporte aussi bien des sols secs que des sols temporairement humides, et tolère bien la sécheresse estivale. Le CNPF indique qu'il s'accommode de précipitations annuelles comprises entre environ 700 et 1 400 mm, et va jusqu'à le présenter comme le seul arbre réellement adapté aux sols pauvres du massif landais. Pensez à ce que subit ce sol : il s'assèche l'été et s'engorge l'hiver. Un mauvais deal pour la plupart des essences.
Sur le littoral s'ajoutent le vent, les embruns salés et la mobilité du sable. C'est cette rusticité qui explique pourquoi on l'a retenu pour accompagner la fixation des dunes.
Attention à une phrase que l'on lit partout : « ses racines profondes retiennent les dunes ». Je l'ai moi-même écrite sous cette forme simplifiée, et elle est trop courte. L'architecture des racines dépend énormément du sol, de l'eau et de la présence éventuelle d'alios, cette couche indurée du sous-sol sableux qui peut limiter la profondeur d'enracinement.
La forêt usagère de La Teste a d'ailleurs une particularité extraordinaire : l'étude dendroécologique de Didier Bert précise que les vieilles dunes sur lesquelles elle pousse ne comportent pas cette couche d'alios. Elles se sont constituées il y a environ deux millénaires.
Voilà pourquoi le Bassin et lui étaient faits pour se rencontrer : un sol que presque personne d'autre ne supporte, un climat océanique, des dunes à stabiliser.
Tellement faits l'un pour l'autre qu'on a fini par croire que des hommes avaient inventé cette rencontre au XIXe siècle.
Premier gros renversement de croyance, et c'est celui qui m'a le plus surpris. Non, Brémontier n'a pas planté la forêt des Landes. Non, Napoléon III n'a pas « apporté » le pin maritime. Le CNPF est clair : le pin maritime est autochtone dans les Landes de Gascogne. Ce qui date des XVIIIe et XIXe siècles, c'est l'extension spectaculaire de sa surface et sa transformation en immense forêt cultivée.
Les archives le confirment. Une étude historique publiée dès 1925 par Auguste Chevalier (Persée) rappelle l'existence de forêts de pins documentées au moins depuis le XVe siècle, et considère le pin maritime comme probablement autochtone sur les rives du golfe de Gascogne.
Pendant des siècles, le paysage landais est un assemblage de landes humides ou sèches, de pâturages, de marécages, de forêts anciennes et de dunes. Au XVIIIe siècle, ces dunes mobiles deviennent un problème vital : à La Teste, les sables menacent de recouvrir bourgs et boisements, comme le rappelle la fiche de l'INPN sur la forêt usagère.
Le récit héroïque retient un seul nom : Nicolas Brémontier, ingénieur des Ponts et Chaussées. Or l'ONF rappelle que le procédé avait été expérimenté auparavant, notamment par le chanoine Guillaume Desbiey dès les années 1770 : semis de pin, de genêt et d'ajonc protégés sous des branchages. Brémontier contribue ensuite fortement à systématiser et à développer ces opérations. Il généralise davantage qu'il n'invente.
Le décret impérial du 14 décembre 1810 impose ensuite aux propriétaires de dunes de procéder à leur fixation. Puis la loi du 19 juin 1857 relative à l'assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne accélère radicalement le mouvement à l'intérieur des terres : drainage et boisement, essentiellement en pin maritime.
Le résultat est gigantesque. Toujours selon Chevalier, la forêt du plateau landais couvrait au plus 300 000 hectares en 1857. Quelques décennies plus tard, elle approchait le million.
Voilà une nuance bien plus intéressante que « Brémontier a planté la forêt » : le pin n'a pas colonisé les Landes au XIXe siècle. Les hommes ont transformé un arbre indigène en système économique et paysager à une échelle gigantesque.
Le plus étonnant est peut-être ailleurs : cette immense forêt que nous appelons « la forêt des Landes » n'est même pas une seule forêt.
Ça passe dans une conversation, mais ça efface des différences énormes. Sur le Bassin, il faut en réalité distinguer trois forêts.
Ces 6 550 hectares ne doivent donc surtout pas être confondus avec toute la forêt du Bassin. Leur histoire, leur fonction et leur gestion n'ont presque rien à voir.
Et parmi elles se cache une forêt dont le fonctionnement juridique ferait passer certaines successions familiales pour des modèles de simplicité.
C'est la forêt usagère, et c'est le joyau de ce dossier. La littérature scientifique la décrit comme une pineraie-chênaie irrégulière d'environ 3 900 hectares (d'autres sources parlent de 3 800), installée sur des dunes anciennes et développée depuis près de 2 000 ans, selon l'étude publiée dans la Revue forestière française. Elle a longtemps été entretenue en gestion « jardinée », très loin des alignements réguliers de la sylviculture contemporaine. Elle fait aujourd'hui partie du site Natura 2000 des forêts dunaires de La Teste, et l'INPN la décrit comme la dernière forêt usagère des Landes de Gascogne.
Mais la vraie bizarrerie est juridique. Dans cette forêt, il y a les « ayants pins », les propriétaires, et les « non-ayants pins », qui bénéficient de droits historiques sur le bois. Les plus anciennes baillettes connues, ces anciens actes qui fixaient les droits, remontent au XVe siècle, notamment à 1468. Une transaction majeure de 1759 organise encore une partie de ces droits. L'INPN précise que le statut a été officialisé au XVe siècle à la demande des paroissiens de La Teste, de Cazaux et de Gujan auprès du captal de Buch. La Revue forestière française la présente comme la seule forêt privée française connue grevée de droits d'usage fondés en titre de cette nature.
Ces droits concernaient notamment le bois de construction et, détail que j'adore, les barques de pêche. Derrière un arbre apparemment banal se cache donc une sorte de constitution forestière vieille de plusieurs siècles.
Son organisation était aussi intimement liée à la résine. On conservait assez d'espace entre les pins productifs pour permettre la régénération, les chênes participaient à l'écosystème, et les vieux pins étaient gardés tant qu'ils pouvaient fournir de la gemme.
Pour comprendre pourquoi les hommes se sont autant disputé ces pins, il faut oublier un instant leur bois. Pendant longtemps, leur richesse coulait littéralement le long du tronc.
Le gemmage n'est pas une anecdote folklorique. Pendant des siècles, l'économie locale, et même la structure de la forêt, ont été organisées autour de la résine, la « gemme ».
Le principe : le résinier incise le tronc pour faire couler l'oléorésine. On parlait de « cares » pour les faces entaillées, et l'ouvrier grimpait sur un « pitey », une échelle à échelons, comme le montre la chronique de la Société historique et archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch (SHAAPB). Le célèbre pot fixé au tronc est relativement récent : Pierre Hugues brevète en 1844 le « pot ascensionnel », qui améliore la récupération de la gemme par rapport aux anciennes méthodes. À son apogée, le métier mobilisait un monde : la SHAAPB évoque près de 20 000 récolteurs de résine au début du XXe siècle.
Cette activité a même laissé une trace dans la forme des arbres. Les pins-bouteilles de la forêt usagère doivent leur nom à leur silhouette arrondie à la base, une forme qui n'a rien de naturel : c'est la conséquence de l'action des gemmeurs. L'un des plus remarquables, surnommé le « Pin du Seigneur », affiche 6,10 m de circonférence pour un âge estimé à 350 ans. Bertrand Quinton, membre de la SHAAPB, les a recensés bénévolement et a proposé des visites commentées pendant plus de dix ans. Le terrible incendie de 2022 a fait qu'ils ont presque tous brûlé, rapporte la SHAAPB.
Et c'est là que l'économie devient surprenante. Un pin que l'on gemme est un pin que l'on garde. Tant qu'il donne de la gemme année après année, il rapporte davantage debout qu'abattu. Les gestionnaires de la forêt usagère conservaient d'ailleurs les vieux pins aussi longtemps qu'ils fournissaient de la résine.
Cette résine ne servait pas seulement à parfumer la forêt. Elle alimentait une véritable industrie chimique avant l'heure.
Aujourd'hui, quand on pense pin maritime, on pense bois. Pendant des siècles, sa grande richesse était sa résine. Après distillation, l'oléorésine donne de l'essence de térébenthine et de la colophane. Ces produits ont servi à quantité d'usages : solvants, peintures, vernis, produits chimiques, encollage, savons, usages navals. La même étude historique de Chevalier rappelle l'importance ancienne des dérivés résineux pour les cordages et le calfatage des navires.
Autrement dit, avant l'ère pétrochimique, le pin était une usine chimique sur pied. Une usine qui poussait toute seule dans le sable, avec l'aide de milliers de résiniers.
Au XXe siècle, tout bascule. La concurrence internationale, l'augmentation du coût de la main-d'œuvre et surtout le développement de produits issus de la pétrochimie détruisent progressivement l'économie française du gemmage. Dans la forêt usagère, la disparition du gemmage à la fin des années 1970 a même bouleversé l'équilibre économique qui finançait depuis des siècles son entretien, rapporte la Revue forestière française.
Conséquence sociale d'abord : un métier et une économie rurale qui s'éteignent. Conséquence forestière ensuite : sans résine à récolter, la gestion se recentre sur le bois.
Petite ironie : après l'incendie de 2022, l'ONF indique que 45 % du bois récupéré à La Teste est parti en bois d'industrie, pour des panneaux de particules, du papier et de la « chimie verte ». Le pin n'a jamais quitté la chimie. Il y revient simplement par la porte du bois.
Une industrie disparaît. Le pin, lui, trouve une seconde carrière : on commence à s'intéresser beaucoup plus sérieusement à son corps qu'à son sang.
Le pin maritime demeure l'un des piliers économiques de la forêt du Sud-Ouest. Selon le CNPF, son bois se retrouve dans les charpentes, parquets, lambris, menuiseries, contreplaqués, coffrages, palettes, caisseries, panneaux, pâte à papier, poteaux et bois-énergie. La prochaine fois que vous poserez les yeux sur une palette ou un parquet, rappelez-vous que ce sont des usages typiques de cette essence.
La Nouvelle-Aquitaine reste de très loin le cœur économique français du pin maritime. Les statistiques régionales de la DRAAF font état de 2,5 millions de m³ de pin maritime récoltés en 2024, soit environ 85 % de la récolte française de l'essence, et de 882 000 m³ de sciages.
Cette production repose sur un cycle court pour une forêt (35 à 50 ans pour du bois d'œuvre) et sur un travail de sélection génétique dont je vous parle plus loin.
Pourtant, certains pins du Bassin ont connu un destin beaucoup plus étrange : après avoir poussé dans le sable, ils ont fini plantés… dans l'eau.
Voilà un détail que j'adore. Le Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon rappelle que « pignot » vient du gascon pinhòt, qui désigne un jeune pin maritime. Les longs piquets qui dessinent les parcs ostréicoles étaient historiquement des troncs de jeunes pins ébranchés, plantés dans le Bassin.
Le pin résistant finalement assez mal à une immersion prolongée, on utilise aujourd'hui davantage le chêne ou le robinier. Mais l'héritage est là, dans le vocabulaire comme dans le paysage : il existe une continuité étonnante entre la forêt et le Bassin ostréicole.
Et ce n'est pas le seul lien avec l'eau. Les droits historiques sur le bois dans la forêt usagère concernaient notamment la construction, et les barques de pêche faisaient partie de ces usages. Maisons, ouvrages, outils, embarcations : on utilisait tout naturellement le matériau disponible sur place.
Et ce ne fut pas la seule fois où le pin sortit de la forêt : au XIXe siècle, on allait même lui prêter le pouvoir de soigner les hommes.
Je force un peu le trait, car les bains de mer et l'air des pins ont fait équipe dès le départ. Mais le pin est bien l'un des grands arguments de vente de la station au XIXe siècle.
Rappelons le contexte. La commune d'Arcachon naît par décret impérial de Napoléon III le 2 mai 1857, la même année que la loi sur les Landes (la coïncidence m'amuse toujours). Les frères Pereire, Émile et Isaac, font prolonger le chemin de fer jusqu'à la station. Puis, à partir de 1862, la Compagnie des chemins de fer du Midi urbanise, lotit et construit une large dune plantée de pins : la Ville d'Hiver, comme le résume la notice de la BnF consacrée au quartier. L'idée est de créer une villégiature hivernale pour accueillir, après la saison d'été, touristes et malades, déjà nombreux à fréquenter Arcachon pour les bains de mer et pour l'air des forêts de pins réputé favorable aux maladies de poitrine.
Le concept est très fort : une petite Suisse en Gironde. La dune joue la montagne, les pins jouent les sapins, les villas se font chalets. Selon Gault&Millau, les Pereire achètent une cinquantaine d'hectares de pinède sur les hauteurs de la ville et y construisent 96 chalets locatifs entre 1863 et 1870. Les rues sinueuses auraient été pensées, sur les conseils des médecins, pour éviter les courants d'air.
Ce qui nous intéresse ici, c'est l'argument. Les textes touristiques et médicaux de l'époque vantent l'air balsamique, les senteurs résineuses, l'air marin iodé et la protection offerte par la forêt. Des médecins comme Jean Hameau, installé à Arcachon, ont contribué à faire de la station un lieu recherché pour cet air balsamique attribué aux essences des pins, notamment pour les tuberculeux. Arcachon devient presque un produit de santé, et la Ville d'Hiver un gigantesque « sanatorium à ciel ouvert », expression que l'office de tourisme utilise lui-même.
Précision importante : je vous raconte une croyance médicale et un argument touristique du XIXe siècle. Ce n'est pas un fait médical actuel, et personne ne devrait aujourd'hui compter sur l'odeur des pins pour soigner une maladie.
Le lien entre la ville et la résine est d'ailleurs tellement ancien qu'il se cache peut-être jusque dans un mot aujourd'hui presque disparu.
Avez-vous déjà croisé le mot « arcanson » ? Il est presque sorti de l'usage, et pourtant je le garde absolument. Larousse le définit comme un ancien synonyme de colophane, ce résidu solide de la distillation de la résine, et le rattache au provençal arcansoun, lui-même associé à Arcachon.
Tentant d'en conclure qu'Arcachon tire son nom de la résine ? C'est précisément là qu'il faut manier les pincettes. Faisons le tri : C'est un bon exemple de ces petites erreurs qui circulent de page en page. Je préfère vous les signaler plutôt que de les recopier.
Ces mythes racontent surtout une chose : pendant des siècles, le pin était partout. Puis un après-midi de juillet 2022, nous avons découvert que cela pouvait également être un problème.
Soyons honnêtes : oui, une pinède maritime est un milieu inflammable. Les aiguilles forment une litière aérée très combustible, la fougère peut fournir beaucoup de matière sèche et la résine participe à la combustibilité. Une synthèse du réseau AFORCE classe d'ailleurs la litière du pin maritime parmi les litières fortement inflammables.
Mais l'équation « pin = incendie » est beaucoup trop simpliste. D'abord parce que le pin possède aussi des adaptations au feu : écorce épaisse, bourgeons relativement protégés et, dans certaines populations, des cônes partiellement sérotineux qui conservent des graines libérées dans les conditions créées par l'incendie, rappelle le ministère de l'Agriculture. Attention toutefois : la sérotinie varie énormément d'une population à l'autre. Il serait faux de présenter tous les pins maritimes comme des arbres qui attendent l'incendie pour se reproduire.
Ensuite parce que le risque dépend d'un système : la météo, la sécheresse, la quantité et la continuité du combustible, la structure des peuplements, l'entretien, les infrastructures de DFCI (défense des forêts contre l'incendie), la fréquentation humaine et les modes de gestion. Le pin brûle bien. Mais expliquer les incendies landais uniquement par sa présence est insuffisant.
Alors pourquoi continue-t-on à en planter ? Parce que c'est l'arbre qui s'accommode le mieux de ces sols pauvres, parce que l'économie de toute une filière repose sur lui, et parce que la réponse actuelle des forestiers n'est pas « le même pin partout », mais un pin accompagné d'autres essences, comme on le verra plus bas.
Toutes ces notions forestières sont restées abstraites jusqu'au 12 juillet 2022.
Le 12 juillet 2022, en milieu d'après-midi, un premier feu se déclare dans le secteur de La Teste-de-Buch, près de la dune du Pilat. Quelques heures plus tard, deux autres démarrent à Landiras, dans le sud de la Gironde. Dans la nuit, quelque 6 000 vacanciers de cinq campings du secteur du Pilat sont évacués par précaution.
Le feu de La Teste est fixé le 23 juillet puis maîtrisé le 29 juillet, selon la préfecture de Gironde. Les chiffres varient selon les périmètres retenus. L'ONF et la mairie retiennent environ 5 800 hectares de forêt brûlée à La Teste-de-Buch, dont 1 028 hectares de forêt domaniale. La préfecture évoquait de son côté près de 7 000 hectares brûlés au total. Si je rapproche deux chiffres de l'ONF, ces 1 028 hectares représentent à peu près la moitié des 2 030 hectares de la forêt domaniale de La Teste.
Côté humain, le magazine municipal de La Teste-de-Buch évoque près de 20 000 personnes évacuées sur la commune, et le feu a détruit des campings et des restaurants. La préfecture comptait pour sa part 36 750 personnes évacuées au 22 juillet pour l'ensemble des deux incendies de Gironde (La Teste et Landiras).
Économiquement, trois sites de « plans-plages », le Petit-Nice, la Lagune et la Salie, qui accueillaient avant l'incendie 800 000 visiteurs d'après l'ONF, ont été touchés. 100 hectares de dune ont été impactés, et l'ONF estime à 1,5 million d'euros les dégâts sur les équipements : stationnements, ganivelles, caillebotis, panneaux d'information. En deux mois, huit ouvriers forestiers ont posé plus de 8 km de ganivelles, installé 3 500 poteaux et 7 500 pieux pour matérialiser les parkings.
Paysagèrement, un effet que personne n'avait prévu : en retirant la forêt, le feu a révélé le relief de la dune, et de nouvelles fenêtres sur l'océan se sont ouvertes, note l'ONF.
La défense contre l'incendie a aussi été renforcée : pistes forestières remises à neuf et numérotées, deux experts DFCI recrutés à Bruges et un coordonnateur zonal pour la Nouvelle-Aquitaine, deux patrouilles de première intervention (à Hourtin et au Temple) équipées d'un 4x4 avec cuve de 600 litres, et trois techniciens de terrain dont un à Biscarrosse.
Pourtant, lorsque les flammes ont disparu, une autre surprise attendait les forestiers : tout ce qui paraissait mort ne l'était pas.
L'ONF l'explique sans détour : dans la majorité des cas, les pins n'ont pas été carbonisés en profondeur. L'écorce épaisse du pin maritime a protégé le bois, qui a conservé ses qualités mécaniques. Une exploitation rapide a donc permis de valoriser 80 000 m³ de bois, exploités dans l'urgence.
Ces bois ont été vendus à des acheteurs locaux (85 % en Nouvelle-Aquitaine, 15 % dans les départements limitrophes) et valorisés ainsi :
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. À l'incendie s'est ajoutée une seconde crise : l'invasion de scolytes. Ces coléoptères colonisent le bois, empêchent la circulation de la sève et condamnent l'arbre. Favorisés par les hivers doux, ils attaquent les arbres affaiblis par le feu et la sécheresse. Les arbres touchés devaient être identifiés, coupés et évacués sous six semaines pour empêcher la génération suivante de coloniser de nouveaux hôtes. Au total, environ 15 % de la forêt a dû être exploitée pour des raisons sanitaires, et la dernière opération, au printemps 2023, a eu lieu avant l'envol de la deuxième génération.
Pour mieux comprendre le scolyte sténographe, l'ONF et l'INRAE ont installé six sites de suivi (pièges à phéromones, sondes de température de l'air et du sol, pièges à émergence), et les images du satellite Sentinel-2 servent à repérer les zones de dépérissement. Le périmètre brûlé est devenu un laboratoire grandeur nature.
Restait alors la question que tout le Bassin se posait : fallait-il tout replanter ? La forêt a commencé à répondre avant les hommes.
Le 15 septembre 2026, l'ONF a publié un bilan quatre ans après l'incendie. Le principe annoncé : plutôt que de reconstituer systématiquement les parcelles brûlées, observer et accompagner la régénération naturelle.
Sur les quelque 1 050 hectares de forêt domaniale touchés, les forestiers ont réalisé près de 3 000 points de relevé selon un maillage de 30 mètres sur 30 mètres. Le résultat montre une forêt capable de se régénérer, mais de manière très hétérogène :
Pour ces secteurs sans relève naturelle, l'ONF a planté 88 hectares en mars 2026 : 89 191 pins maritimes, issus de graines de peuplements classés récoltées localement, fruit de cinq générations d'adaptation au milieu. Ailleurs, l'office préfère laisser du temps. Comme le dit Paul Tourneur, chef de projet biodiversité à l'ONF : « Laisser faire la nature, c'est parfois la meilleure solution ».
Soyons complets, car le bilan l'est aussi : les conditions climatiques difficiles de l'été 2026 ont mis à mal ces jeunes plants. Deux zones ont notamment été abîmées par des corneilles, ce qui impose un replantage à l'automne sur environ 4 hectares, et les taux de survie seront réévalués pour ajuster les regarnis. Un arrêté ministériel de crise, valable jusqu'en janvier 2028, encadre les actions urgentes, et un nouveau plan de gestion sur 15 ans se prépare, avec parmi les pistes des zones de surveillance en libre évolution dans trois secteurs (est, centre, ouest). Un technicien forestier de La Teste compare d'ailleurs la situation à celle de leurs aïeux du XIXe siècle, quand ils commençaient à faire pousser la forêt.
Et lorsqu'il a fallu planter, les forestiers ont fait quelque chose qui raconte probablement la forêt du futur : ils n'ont pas planté uniquement des pins.
Voilà le choix qui, je crois, raconte le mieux la forêt de demain. En mars 2026, l'ONF n'a pas replanté uniquement du pin maritime. Aux 89 191 pins s'ajoutent 15 153 chênes-lièges et 2 123 chênes tauzins, introduits en sous-étage. Trois essences au lieu d'une.
Ces chênes sont naturellement présents dans le secteur, précise l'ONF, et offrent une perspective économique, paysagère et adaptative à long terme : diversification, résilience face au climat de demain, paysage, biodiversité.
L'ONF annonce 70 % de pins maritimes et 30 % de feuillus. Je me suis amusé à refaire le calcul avec les chiffres bruts : 89 191 pins pour 17 276 chênes (15 153 plus 2 123), cela donne environ 84 % de pins si l'on compte les plants. Les 70/30 renvoient donc probablement à la composition visée du peuplement plutôt qu'au simple décompte des plants. C'est mon interprétation, je vous donne les deux séries de chiffres pour que vous puissiez en juger.
Conclusion : ce n'est ni « on replante la même pinède » ni « on remplace les pins par des feuillus ». La stratégie consiste à garder le pin comme essence structurante tout en augmentant la diversité. Et dans beaucoup d'endroits, l'ONF choisit simplement de ne rien planter tout de suite.
Et le feu avait déjà commencé ce travail de diversification d'une manière beaucoup plus brutale.
Un incendie est une catastrophe. C'est aussi, du point de vue écologique, une perturbation qui produit de nouveaux milieux. Le bilan de l'ONF le montre bien.
Dès l'automne 2022, les premiers semis de pins maritimes sont apparus, accompagnés d'arbousier et de genêt, des espèces déjà présentes dans le secteur. À la Salie, la disparition d'un peuplement d'arbres adultes a changé le fonctionnement de l'eau et permis l'apparition d'une zone humide : saules, amphibiens, et même un héron venu guetter les batraciens, raconte un technicien forestier.
Chez les oiseaux, les zones les plus touchées restent appauvries, mais l'ouverture du paysage profite aux espèces de milieux ouverts : pipit rousseline, fauvette grisette, bruant zizi. Dans les îlots forestiers préservés subsistent la mésange huppée, le grimpereau des jardins et le roitelet à triple bandeau. Le circaète Jean-le-Blanc et le faucon hobereau sont même revenus nicher dans la forêt.
Chez les insectes, le laboratoire d'entomologie forestière de l'ONF a recensé 203 espèces de coléoptères, dont 172 espèces saproxyliques, liées au bois mort. Une étude de l'ONF a aussi montré que 55 espèces végétales différentes étaient dispersées par des mammifères, principalement des lapins et des lièvres. Les inventaires se poursuivent sur la flore, les champignons, les reptiles, les amphibiens, les oiseaux et les chauves-souris.
Attention à ne pas enjoliver : l'ONF parle d'une reprise réelle mais contrastée. Les milieux humides et certaines zones ouvertes se montrent particulièrement résilients, d'autres habitats évoluent plus lentement, et les espèces pionnières et généralistes dominent encore dans de nombreux secteurs. Reste que tout cela pulvérise l'idée d'une forêt réduite à « des pins alignés ».
La plus grosse surprise allait pourtant venir non pas des insectes ou des oiseaux, mais de 153 vieux pins dont on allait lire les souvenirs année après année.
C'est ici que je vous demande de rester attentifs, parce que c'est la donnée scientifique la plus surprenante de tout mon dossier. En 2025, le dendroécologue Didier Bert publie dans la Revue forestière française une étude fondée sur 153 pins maritimes de la forêt de La Teste, échantillonnés après l'incendie. Les chercheurs ont utilisé leurs cernes de croissance pour reconstruire leurs relations avec le climat.
Dans beaucoup de forêts françaises, les travaux de dendroécologie mettent en évidence une hausse historique de productivité suivie d'un tassement ou d'un recul depuis les années 1990. Pas ici. Sur cet échantillon, le déclin de croissance observé ailleurs n'a pas été retrouvé localement, et les modèles dendroclimatiques utilisés projettent même une croissance encore positive à long terme au XXIe siècle.
L'eau reste néanmoins déterminante : les précipitations cumulées expliquent une grande partie des variations de croissance observées. Des températures hivernales plus élevées semblent favoriser la croissance, tandis que des températures élevées de juillet à novembre jouent plutôt dans le sens inverse.
Les précautions comptent, alors je les écris noir sur blanc : cette étude concerne une forêt dunaire ancienne aux caractéristiques très particulières (des dunes vieilles de deux millénaires, sans alios). Ce n'est pas la preuve que « le réchauffement est bon pour les pins », et on ne peut surtout pas en déduire que toutes les pinèdes landaises en profiteront. Mais c'est un résultat contre-intuitif : l'un des plus anciens peuplements de pins du Bassin pourrait être mieux armé face au climat futur qu'on ne le pensait. Les données associées sont déposées sur l'entrepôt de données de la recherche française.
Le réchauffement n'est pourtant peut-être pas la menace la plus immédiate. Le prochain ennemi du pin est tellement petit qu'on ne peut même pas le voir à l'œil nu.
C'est probablement le sujet qu'aucun article généraliste sur le pin du Bassin publié avant la fin 2025 ne pouvait contenir. Le nématode du pin, Bursaphelenchus xylophilus, est un ver microscopique transporté par des coléoptères du genre Monochamus (des longicornes). Il pénètre dans les pins, perturbe la circulation de l'eau et peut provoquer le flétrissement puis la mort en quelques semaines : le ministère de l'Agriculture indique 30 à 50 jours après inoculation dans les cas graves.
Originaire d'Amérique du Nord, il a causé de lourds dégâts en Asie. Il est présent au Portugal depuis 1999 et en Espagne depuis 2008. En France, la première détection officielle a eu lieu début novembre 2025 à Seignosse, dans les Landes, sur des pins maritimes. Depuis, la chronologie s'accélère :
Les autorités ne plaisantent pas : une zone infestée de 500 mètres de rayon autour des arbres positifs, avec abattage des résineux, et une zone tampon de 20 kilomètres où les chantiers de coupe sont soumis à autorisation et où le transport de bois et de végétaux de résineux est restreint. D'après la presse, l'INRAE a inauguré le 9 septembre 2026 une serre de recherche confinée en Gironde pour travailler sur ce ravageur.
Si vous vivez dans une zone délimitée, les arrêtés préfectoraux s'appliquent, y compris le signalement sans délai des résineux dépérissants à la DRAAF Nouvelle-Aquitaine. Ailleurs, en cas de doute devant un pin qui dépérit brutalement, rapprochez-vous de la DRAAF ou de la FREDON. Et pour rassurer : le nématode ne présente aucun risque pour la santé humaine ou animale.
Pour affronter ce genre de menace, le pin du futur ne reposera d'ailleurs plus uniquement sur la sélection naturelle.
On imagine volontiers le pin des Landes comme un arbre rustique et ancestral, qui pousse tout seul. C'est une moitié de vérité. Depuis plusieurs décennies, le massif fait l'objet d'un programme d'amélioration génétique très poussé : on sélectionne la croissance, la rectitude, l'adaptation.
Selon le CNPF, les premières générations améliorées apportaient environ 15 % de gain en volume et en rectitude, et la deuxième génération environ 30 %. Avec la sylviculture, cela explique le passage d'environ 4 à près de 12 m³ par hectare et par an en cinquante ans. Les plants mis en terre à La Teste en 2026 sont d'ailleurs, d'après l'ONF, issus de graines de peuplements classés et fruit de cinq générations d'adaptation au milieu local.
Les travaux récents vont encore plus loin : génomique, sélection accélérée et même recherches sur la mémoire épigénétique. L'INRAE a montré que la température subie par l'embryon pendant sa maturation, testée à 18, 23 et 28 °C en laboratoire, peut laisser une signature épigénétique repérable chez de jeunes pins de deux ans. C'est une piste pour comprendre, et peut-être accompagner, l'adaptation de l'espèce au climat qui vient. Des travaux de génomique en prépublication comparent par ailleurs 34 populations de pin maritime plantées dans cinq jardins communs pour tester des prédictions d'adaptation.
Formulé simplement : le pin des Landes que l'on croit sauvage et ancestral est aussi un arbre très étudié et très sélectionné. La forêt contemporaine est le résultat d'une interaction entre nature et science.
À force de sélectionner et planter le même arbre, une question finit forcément par surgir : avons-nous transformé les Landes en monoculture ?
Affrontons la question de face. À l'échelle économique, la domination du pin maritime est écrasante. Le massif des Landes de Gascogne couvre plus d'un million d'hectares dans les Landes, la Gironde et le Lot-et-Garonne, et il est composé à 75 % de pins maritimes, rappelle l'AFP. Sur ce plan-là, oui.
Mais dire « la forêt du Bassin est une monoculture de pins » efface beaucoup de réalité écologique. Dans les forêts dunaires du Bassin, l'ONF insiste sur la diversité des reliefs, des clairières, des lisières et des peuplements, avec une place importante pour le chêne vert et le chêne-liège. Dunes, zones humides, sous-bois : tout cela compose une mosaïque. Il faut distinguer le peuplement industriel uniforme de l'écosystème forestier du Bassin.
Même dans les forêts de production, le CNPF recommande explicitement de conserver des îlots de feuillus, des bordures, du sous-bois et de petits espaces ouverts pour maintenir la biodiversité.
Le véritable débat n'est donc pas « pin ou biodiversité ? », mais « quelle structure de forêt autour du pin ? ».
Quelques chiffres permettent d'ailleurs de comprendre à quel point le pin domine réellement le paysage… et pourquoi il ne peut pas être réduit à une simple monoculture.
Je vous avais prévenu qu'on parlerait chiffres. Voici le moment où les statistiques font l'effet d'une petite déflagration. Gardez-les sous la main, elles servent à tout le reste.
Un arbre qui couvre 818 000 hectares, pèse 87 millions de m³ sur pied, fournit l'essentiel de la récolte nationale de son espèce et dont on suit 153 individus au cerne près : difficile de parler encore d'un simple arbre.
Avec un tel poids écologique, économique et historique, on pourrait imaginer que tout a déjà été écrit sur lui. C'est précisément là que les choses deviennent amusantes.
Voici ce qui m'a frappé en lisant tout cela : l'information existe, mais elle est dispersée. Tapez « pin maritime » dans un moteur de recherche, vous tomberez sur d'excellentes ressources. L'ONF raconte l'arbre, ses dimensions, sa résine, son habitat. Le CNPF raconte la sylviculture : sols, croissance, plantation, sélection, usages du bois. L'IGN fournit les données nationales les plus solides. EUFORGEN apporte la dimension européenne, la génétique et l'écologie. Et la Revue forestière française offre ce que les pages généralistes ont rarement : la profondeur historique et juridique de la forêt usagère, et la recherche récente sur la croissance et le climat.
Chacun raconte son morceau. Les botanistes racontent l'arbre. Les forestiers racontent la sylviculture. Les historiens racontent le gemmage. Les juristes racontent la forêt usagère. Les biologistes racontent le feu. Les climatologues racontent ses cernes. Mais presque personne ne rassemble tout.
J'avais moi-même publié une première synthèse, Bassin d'Arcachon vert pin, qui posait la base : un arbre indigène, son histoire, ses caractéristiques et son rapport au Bassin. C'était la fiche d'identité. Ce que vous lisez maintenant, c'est l'enquête.
Car si l'on met tout bout à bout, on obtient une histoire cohérente :
C'est là que naît ma thèse : le pin maritime n'est pas un élément du décor du Bassin. Il fait partie de son infrastructure historique.
À condition, évidemment, de distinguer ce que les archives et la science nous racontent de ce que six générations de légendes locales ont fini par transformer en vérité.
Dernier grand chapitre : refermer les fausses croyances. À mesure que je recoupais les sources, les légendes tombaient les unes après les autres. Voici le tableau.
Toutes ces affirmations reposent sur des références solides : ONF, IGN, CNPF, INRAE, Revue forestière française, archives historiques (Persée), Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon, ministère de l'Agriculture. Vous les retrouverez en fin d'article.
Reste alors une question que les archives sont incapables de résoudre : dans cent ans, lorsque quelqu'un regardera le Bassin d'Arcachon, verra-t-il toujours autant de pins ?
Revenons au titre. Le « pilotis » n'est pas seulement une métaphore esthétique. Le pin a soutenu successivement le sable, une économie, des familles, une industrie, des constructions, l'ostréiculture, l'image touristique d'Arcachon et une partie de son identité visuelle.
Mais un pilotis n'est jamais éternel. Incendies, climat, parasites, nouvelles pratiques sylvicoles : ce que nous appelons aujourd'hui « la forêt du Bassin » est déjà en train de changer.
Le fil conducteur de cet article, c'est une succession de basculements : arbre banal, arbre indigène, arbre historique, arbre économique, arbre culturel, arbre brûlé, arbre vivant, arbre menacé, et finalement avenir du Bassin. Presque à chaque changement de paragraphe, une information est venue contrarier celle que vous pensiez acquise.
Dans cent ans, y aura-t-il toujours autant de pins ? Aucune archive ne peut répondre. Ce que l'on sait, c'est qu'une partie de la réponse se joue maintenant : dans les 88 hectares replantés de La Teste, dans la manière dont on accompagnera la régénération naturelle, dans la vigilance autour du nématode.
La prochaine fois que vous passerez devant un pin maritime, regardez-le.
Il est peut-être beaucoup moins décoratif que vous ne le pensiez.
À bientôt sur le Bassin,
Sébastien
Puis un jour, on se pose une question bête : et si cet arbre banal était l'un des personnages principaux de l'histoire du territoire ?
Ce n'est pas une formule pour faire joli. J'ai épluché les pages de l'ONF, du CNPF et de l'IGN, des études de la Revue forestière française, des archives historiques, des notices de la BnF, des communiqués de préfecture. Plus j'avançais, plus une idée s'imposait : le pin maritime n'est pas un élément de décor du Bassin. C'est une pièce de sa structure. Un pilotis.
Un pilotis, c'est ce qui tient une construction quand le sol n'est pas fiable. Les ostréiculteurs en plantent depuis toujours dans le Bassin, et il y a une jolie coïncidence : pendant longtemps, ces piquets étaient des troncs de jeunes pins, les fameux pignots (j'y reviens plus bas). Mais le pin a joué ce rôle de soutien bien au-delà des parcs à huîtres. Il a retenu le sable, fait vivre des familles, alimenté une industrie, vendu Arcachon aux malades du XIXe siècle, fourni charpentes, palettes et papier. Et il a brûlé en 2022. Ce qui se joue aujourd'hui autour de lui, avec une forêt qui repousse et un parasite microscopique qui rôde, dit quelque chose de l'avenir du Bassin.
Je vous fais une promesse : à la fin de cet article, vous ne regarderez plus jamais un pin du Bassin de la même manière. Et je ne vais pas parler que de botanique. Il sera question de droit médiéval, de résine, de chimie, d'huîtres, de médecine, de satellites, de génétique, de cernes d'arbres et même d'un ver de moins d'un millimètre.
La première surprise arrive très vite : contrairement à ce que l'on raconte depuis des générations, personne n'a vraiment « apporté » le pin maritime ici.
L'essentiel avant de plonger
- Le pin maritime est indigène dans les Landes de Gascogne : ce qui date des XVIIIe et XIXe siècles, c'est l'extension de sa surface, pas son arrivée (CNPF).
- Brémontier n'a pas inventé la fixation des dunes : le chanoine Desbiey l'avait expérimentée dès les années 1770 (ONF).
- Il y a trois forêts de pins sur le Bassin : la forêt cultivée des Landes, les forêts dunaires publiques (environ 6 550 ha) et la forêt usagère de La Teste (environ 3 900 ha).
- La forêt usagère de La Teste est régie par des droits d'usage dont les plus anciens actes connus remontent au XVe siècle (baillette de 1468).
- Le gemmage a structuré l'économie et la forêt pendant des siècles, avant de disparaître face à la pétrochimie.
- Les pignots des parcs à huîtres tirent leur nom du gascon pinhòt, « jeune pin maritime » (Parc naturel marin).
- Arcachon a vendu l'air de ses pins au XIXe siècle (Ville d'Hiver, 1862), mais l'idée que « Arcachon vient d'arcanson » est fragile.
- L'incendie du 12 juillet 2022 a brûlé environ 5 800 ha de forêt à La Teste-de-Buch. Quatre ans plus tard, la régénération naturelle est réelle mais très inégale (ONF, septembre 2026).
- 153 vieux pins de la forêt usagère n'ont pas montré le déclin de croissance observé dans de nombreuses forêts françaises (Revue forestière française, 2025), avec toutes les précautions d'usage.
- Le nématode du pin, détecté en France début novembre 2025 dans les Landes, est la menace du moment. Au 5 octobre 2026, je n'ai trouvé aucune annonce officielle de foyer sur le Bassin.
Acte I : démonter le pin que l'on croit connaître
Vous voyez des pins partout. C'est précisément pour cela que vous ne les voyez plus.
On ne remarque pas ce qui est partout. C'est le principe même d'un décor. Demandez-vous de décrire de mémoire le pin devant lequel vous passez chaque matin : il y a de bonnes chances que vous peiniez, alors que vous le croisez depuis des années.
Pourtant, cet arbre concentre une quantité de découvertes étonnantes. C'est un arbre indigène, donc pas importé comme on le croit. C'est une forêt ancienne, dont une partie obéit à des règles vieilles de près de six siècles. C'est une économie, d'abord de la résine, ensuite du bois. C'est un argument médical qui a vendu Arcachon. C'est un matériau de l'ostréiculture. C'est un combustible qui a alimenté les flammes de l'été 2022, puis un pionnier qui repart de zéro. C'est aussi un arbre sélectionné par des généticiens depuis des décennies.
Autrement dit, ce n'est pas un article sur un arbre. C'est un article sur le Bassin, vu depuis son tronc.
Commençons tout de même par faire connaissance avec lui. Car même son apparence réserve quelques surprises.
Deux aiguilles, des pommes énormes et parfois 36 mètres : voici votre voisin
Présentations. Son nom scientifique est Pinus pinaster Aiton. C'est un conifère de la famille des Pinacées, et il est monoïque : le même arbre porte les organes reproducteurs mâles et femelles, le pollen voyageant surtout grâce au vent (fiche EUFORGEN). Vous le reconnaissez sans le savoir : ses aiguilles sont longues, rigides, réunies par deux, et mesurent généralement de 10 à 20 cm, parfois jusqu'à 25 cm selon les références. Ses cônes, que tout le monde appelle des pommes de pin, sont costauds eux aussi : souvent entre 10 et 18 cm. Quant à l'écorce, elle devient épaisse, brun-rouge sombre et profondément crevassée avec l'âge, comme le décrit l'ONF.
Côté taille, l'Inventaire forestier de l'IGN relève une hauteur moyenne de 18 mètres dans les peuplements inventoriés, avec des individus mesurés jusqu'à 36 mètres. D'autres références évoquent près de 40 mètres dans de bonnes conditions.
Et là, un paradoxe m'a fasciné. L'IGN indique un âge moyen d'environ 20 ans et des arbres qui dépassent rarement 100 ans dans son inventaire. On pourrait conclure que le pin maritime meurt jeune. Ce serait une erreur. Le pin des Landes est surtout une essence très cultivée, avec des rotations courtes : le modèle sylvicole landais produit du bois d'œuvre vers 35 à 50 ans, parfois 50 à 60 ans quand on vise une qualité supérieure (CNPF). Autrement dit, le pin ne meurt pas jeune. On le coupe jeune. La preuve : dans la forêt usagère de La Teste, que je vous présente plus bas, certains pins sont estimés à plus de trois siècles.
Il pousse vite, aussi. Selon le CNPF, la productivité moyenne de la forêt landaise est passée d'environ 4 à près de 12 m³ par hectare et par an en cinquante ans, grâce à la sylviculture et à l'amélioration génétique. Si vous voulez une fiche d'identité plus courte et généraliste, je l'avais publiée dans mon article Bassin d'Arcachon vert pin. Ici, on creuse.
Mais son véritable talent n'est pas sa taille. C'est de réussir à vivre dans un endroit qui ressemble parfois davantage à une plage qu'à un sol forestier.
Il pousse dans un sol où beaucoup d'arbres auraient la délicatesse de mourir
Le sol landais n'a rien d'un jardin. Il est souvent acide, sableux et extrêmement pauvre. Le pin maritime y trouve au contraire son terrain de prédilection. Il réclame beaucoup de lumière, supporte aussi bien des sols secs que des sols temporairement humides, et tolère bien la sécheresse estivale. Le CNPF indique qu'il s'accommode de précipitations annuelles comprises entre environ 700 et 1 400 mm, et va jusqu'à le présenter comme le seul arbre réellement adapté aux sols pauvres du massif landais. Pensez à ce que subit ce sol : il s'assèche l'été et s'engorge l'hiver. Un mauvais deal pour la plupart des essences.
Sur le littoral s'ajoutent le vent, les embruns salés et la mobilité du sable. C'est cette rusticité qui explique pourquoi on l'a retenu pour accompagner la fixation des dunes.
Attention à une phrase que l'on lit partout : « ses racines profondes retiennent les dunes ». Je l'ai moi-même écrite sous cette forme simplifiée, et elle est trop courte. L'architecture des racines dépend énormément du sol, de l'eau et de la présence éventuelle d'alios, cette couche indurée du sous-sol sableux qui peut limiter la profondeur d'enracinement.
La forêt usagère de La Teste a d'ailleurs une particularité extraordinaire : l'étude dendroécologique de Didier Bert précise que les vieilles dunes sur lesquelles elle pousse ne comportent pas cette couche d'alios. Elles se sont constituées il y a environ deux millénaires.
Voilà pourquoi le Bassin et lui étaient faits pour se rencontrer : un sol que presque personne d'autre ne supporte, un climat océanique, des dunes à stabiliser.
Tellement faits l'un pour l'autre qu'on a fini par croire que des hommes avaient inventé cette rencontre au XIXe siècle.
Non, Brémontier n'a pas planté la forêt des Landes
Premier gros renversement de croyance, et c'est celui qui m'a le plus surpris. Non, Brémontier n'a pas planté la forêt des Landes. Non, Napoléon III n'a pas « apporté » le pin maritime. Le CNPF est clair : le pin maritime est autochtone dans les Landes de Gascogne. Ce qui date des XVIIIe et XIXe siècles, c'est l'extension spectaculaire de sa surface et sa transformation en immense forêt cultivée.
Les archives le confirment. Une étude historique publiée dès 1925 par Auguste Chevalier (Persée) rappelle l'existence de forêts de pins documentées au moins depuis le XVe siècle, et considère le pin maritime comme probablement autochtone sur les rives du golfe de Gascogne.
Pendant des siècles, le paysage landais est un assemblage de landes humides ou sèches, de pâturages, de marécages, de forêts anciennes et de dunes. Au XVIIIe siècle, ces dunes mobiles deviennent un problème vital : à La Teste, les sables menacent de recouvrir bourgs et boisements, comme le rappelle la fiche de l'INPN sur la forêt usagère.
Le récit héroïque retient un seul nom : Nicolas Brémontier, ingénieur des Ponts et Chaussées. Or l'ONF rappelle que le procédé avait été expérimenté auparavant, notamment par le chanoine Guillaume Desbiey dès les années 1770 : semis de pin, de genêt et d'ajonc protégés sous des branchages. Brémontier contribue ensuite fortement à systématiser et à développer ces opérations. Il généralise davantage qu'il n'invente.
Le décret impérial du 14 décembre 1810 impose ensuite aux propriétaires de dunes de procéder à leur fixation. Puis la loi du 19 juin 1857 relative à l'assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne accélère radicalement le mouvement à l'intérieur des terres : drainage et boisement, essentiellement en pin maritime.
Le résultat est gigantesque. Toujours selon Chevalier, la forêt du plateau landais couvrait au plus 300 000 hectares en 1857. Quelques décennies plus tard, elle approchait le million.
Voilà une nuance bien plus intéressante que « Brémontier a planté la forêt » : le pin n'a pas colonisé les Landes au XIXe siècle. Les hommes ont transformé un arbre indigène en système économique et paysager à une échelle gigantesque.
Le plus étonnant est peut-être ailleurs : cette immense forêt que nous appelons « la forêt des Landes » n'est même pas une seule forêt.
Sur le Bassin, dire « la forêt de pins » revient à appeler tous les bateaux des pinasses
Ça passe dans une conversation, mais ça efface des différences énormes. Sur le Bassin, il faut en réalité distinguer trois forêts.
- La forêt productive landaise. Une forêt cultivée, largement privée, organisée pour produire du bois : environ 818 000 hectares de pin maritime en Nouvelle-Aquitaine selon le CNPF.
- Les forêts dunaires publiques du Bassin. Elles ont aussi une fonction économique, mais elles protègent le littoral, accueillent le public et participent à la conservation des milieux naturels. L'ONF comptabilise environ 6 550 ha dans l'ensemble « Forêt d'Exception » du Bassin : 4 250 ha pour la forêt domaniale de Lège-et-Garonne, 2 030 ha pour celle de La Teste, auxquels s'ajoutent notamment les forêts communales de Lège-Cap-Ferret et d'Arcachon.
- La forêt usagère de La Teste. Une histoire, une structure et un régime juridique totalement différents, sur environ 3 900 ha. C'est l'objet de la section suivante.
Ces 6 550 hectares ne doivent donc surtout pas être confondus avec toute la forêt du Bassin. Leur histoire, leur fonction et leur gestion n'ont presque rien à voir.
Et parmi elles se cache une forêt dont le fonctionnement juridique ferait passer certaines successions familiales pour des modèles de simplicité.
Acte II : la forêt qui existait avant nous
À La Teste, une forêt obéit encore à des règles vieilles de près de 600 ans
C'est la forêt usagère, et c'est le joyau de ce dossier. La littérature scientifique la décrit comme une pineraie-chênaie irrégulière d'environ 3 900 hectares (d'autres sources parlent de 3 800), installée sur des dunes anciennes et développée depuis près de 2 000 ans, selon l'étude publiée dans la Revue forestière française. Elle a longtemps été entretenue en gestion « jardinée », très loin des alignements réguliers de la sylviculture contemporaine. Elle fait aujourd'hui partie du site Natura 2000 des forêts dunaires de La Teste, et l'INPN la décrit comme la dernière forêt usagère des Landes de Gascogne.
Mais la vraie bizarrerie est juridique. Dans cette forêt, il y a les « ayants pins », les propriétaires, et les « non-ayants pins », qui bénéficient de droits historiques sur le bois. Les plus anciennes baillettes connues, ces anciens actes qui fixaient les droits, remontent au XVe siècle, notamment à 1468. Une transaction majeure de 1759 organise encore une partie de ces droits. L'INPN précise que le statut a été officialisé au XVe siècle à la demande des paroissiens de La Teste, de Cazaux et de Gujan auprès du captal de Buch. La Revue forestière française la présente comme la seule forêt privée française connue grevée de droits d'usage fondés en titre de cette nature.
Ces droits concernaient notamment le bois de construction et, détail que j'adore, les barques de pêche. Derrière un arbre apparemment banal se cache donc une sorte de constitution forestière vieille de plusieurs siècles.
Son organisation était aussi intimement liée à la résine. On conservait assez d'espace entre les pins productifs pour permettre la régénération, les chênes participaient à l'écosystème, et les vieux pins étaient gardés tant qu'ils pouvaient fournir de la gemme.
Pour comprendre pourquoi les hommes se sont autant disputé ces pins, il faut oublier un instant leur bois. Pendant longtemps, leur richesse coulait littéralement le long du tronc.
Il fut une époque où couper un pin pouvait rapporter moins que le garder vivant
Le gemmage n'est pas une anecdote folklorique. Pendant des siècles, l'économie locale, et même la structure de la forêt, ont été organisées autour de la résine, la « gemme ».
Le principe : le résinier incise le tronc pour faire couler l'oléorésine. On parlait de « cares » pour les faces entaillées, et l'ouvrier grimpait sur un « pitey », une échelle à échelons, comme le montre la chronique de la Société historique et archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch (SHAAPB). Le célèbre pot fixé au tronc est relativement récent : Pierre Hugues brevète en 1844 le « pot ascensionnel », qui améliore la récupération de la gemme par rapport aux anciennes méthodes. À son apogée, le métier mobilisait un monde : la SHAAPB évoque près de 20 000 récolteurs de résine au début du XXe siècle.
Cette activité a même laissé une trace dans la forme des arbres. Les pins-bouteilles de la forêt usagère doivent leur nom à leur silhouette arrondie à la base, une forme qui n'a rien de naturel : c'est la conséquence de l'action des gemmeurs. L'un des plus remarquables, surnommé le « Pin du Seigneur », affiche 6,10 m de circonférence pour un âge estimé à 350 ans. Bertrand Quinton, membre de la SHAAPB, les a recensés bénévolement et a proposé des visites commentées pendant plus de dix ans. Le terrible incendie de 2022 a fait qu'ils ont presque tous brûlé, rapporte la SHAAPB.
Et c'est là que l'économie devient surprenante. Un pin que l'on gemme est un pin que l'on garde. Tant qu'il donne de la gemme année après année, il rapporte davantage debout qu'abattu. Les gestionnaires de la forêt usagère conservaient d'ailleurs les vieux pins aussi longtemps qu'ils fournissaient de la résine.
Cette résine ne servait pas seulement à parfumer la forêt. Elle alimentait une véritable industrie chimique avant l'heure.
Avant les usines pétrochimiques, nous avions des pins
Aujourd'hui, quand on pense pin maritime, on pense bois. Pendant des siècles, sa grande richesse était sa résine. Après distillation, l'oléorésine donne de l'essence de térébenthine et de la colophane. Ces produits ont servi à quantité d'usages : solvants, peintures, vernis, produits chimiques, encollage, savons, usages navals. La même étude historique de Chevalier rappelle l'importance ancienne des dérivés résineux pour les cordages et le calfatage des navires.
Autrement dit, avant l'ère pétrochimique, le pin était une usine chimique sur pied. Une usine qui poussait toute seule dans le sable, avec l'aide de milliers de résiniers.
Au XXe siècle, tout bascule. La concurrence internationale, l'augmentation du coût de la main-d'œuvre et surtout le développement de produits issus de la pétrochimie détruisent progressivement l'économie française du gemmage. Dans la forêt usagère, la disparition du gemmage à la fin des années 1970 a même bouleversé l'équilibre économique qui finançait depuis des siècles son entretien, rapporte la Revue forestière française.
Conséquence sociale d'abord : un métier et une économie rurale qui s'éteignent. Conséquence forestière ensuite : sans résine à récolter, la gestion se recentre sur le bois.
Petite ironie : après l'incendie de 2022, l'ONF indique que 45 % du bois récupéré à La Teste est parti en bois d'industrie, pour des panneaux de particules, du papier et de la « chimie verte ». Le pin n'a jamais quitté la chimie. Il y revient simplement par la porte du bois.
Une industrie disparaît. Le pin, lui, trouve une seconde carrière : on commence à s'intéresser beaucoup plus sérieusement à son corps qu'à son sang.
Charpente, parquet, palette, papier : combien de vies possède un pin après sa mort ?
Le pin maritime demeure l'un des piliers économiques de la forêt du Sud-Ouest. Selon le CNPF, son bois se retrouve dans les charpentes, parquets, lambris, menuiseries, contreplaqués, coffrages, palettes, caisseries, panneaux, pâte à papier, poteaux et bois-énergie. La prochaine fois que vous poserez les yeux sur une palette ou un parquet, rappelez-vous que ce sont des usages typiques de cette essence.
La Nouvelle-Aquitaine reste de très loin le cœur économique français du pin maritime. Les statistiques régionales de la DRAAF font état de 2,5 millions de m³ de pin maritime récoltés en 2024, soit environ 85 % de la récolte française de l'essence, et de 882 000 m³ de sciages.
Cette production repose sur un cycle court pour une forêt (35 à 50 ans pour du bois d'œuvre) et sur un travail de sélection génétique dont je vous parle plus loin.
Pourtant, certains pins du Bassin ont connu un destin beaucoup plus étrange : après avoir poussé dans le sable, ils ont fini plantés… dans l'eau.
Les pins du Bassin ont même fini au milieu des huîtres
Voilà un détail que j'adore. Le Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon rappelle que « pignot » vient du gascon pinhòt, qui désigne un jeune pin maritime. Les longs piquets qui dessinent les parcs ostréicoles étaient historiquement des troncs de jeunes pins ébranchés, plantés dans le Bassin.
Le pin résistant finalement assez mal à une immersion prolongée, on utilise aujourd'hui davantage le chêne ou le robinier. Mais l'héritage est là, dans le vocabulaire comme dans le paysage : il existe une continuité étonnante entre la forêt et le Bassin ostréicole.
Et ce n'est pas le seul lien avec l'eau. Les droits historiques sur le bois dans la forêt usagère concernaient notamment la construction, et les barques de pêche faisaient partie de ces usages. Maisons, ouvrages, outils, embarcations : on utilisait tout naturellement le matériau disponible sur place.
Et ce ne fut pas la seule fois où le pin sortit de la forêt : au XIXe siècle, on allait même lui prêter le pouvoir de soigner les hommes.
Une photo de gemmage, un pignot dans le jardin, un souvenir de la forêt usagère ?
J'aime enrichir mes articles avec les mémoires locales. Si votre famille a un lien avec la résine, les parcs à huîtres ou la forêt de La Teste, racontez-le-moi via ma page auteur.
J'aime enrichir mes articles avec les mémoires locales. Si votre famille a un lien avec la résine, les parcs à huîtres ou la forêt de La Teste, racontez-le-moi via ma page auteur.
Acte III : quand le pin devient une marque territoriale
Avant de vendre ses plages, Arcachon vendait l'air de ses pins
Je force un peu le trait, car les bains de mer et l'air des pins ont fait équipe dès le départ. Mais le pin est bien l'un des grands arguments de vente de la station au XIXe siècle.
Rappelons le contexte. La commune d'Arcachon naît par décret impérial de Napoléon III le 2 mai 1857, la même année que la loi sur les Landes (la coïncidence m'amuse toujours). Les frères Pereire, Émile et Isaac, font prolonger le chemin de fer jusqu'à la station. Puis, à partir de 1862, la Compagnie des chemins de fer du Midi urbanise, lotit et construit une large dune plantée de pins : la Ville d'Hiver, comme le résume la notice de la BnF consacrée au quartier. L'idée est de créer une villégiature hivernale pour accueillir, après la saison d'été, touristes et malades, déjà nombreux à fréquenter Arcachon pour les bains de mer et pour l'air des forêts de pins réputé favorable aux maladies de poitrine.
Le concept est très fort : une petite Suisse en Gironde. La dune joue la montagne, les pins jouent les sapins, les villas se font chalets. Selon Gault&Millau, les Pereire achètent une cinquantaine d'hectares de pinède sur les hauteurs de la ville et y construisent 96 chalets locatifs entre 1863 et 1870. Les rues sinueuses auraient été pensées, sur les conseils des médecins, pour éviter les courants d'air.
Ce qui nous intéresse ici, c'est l'argument. Les textes touristiques et médicaux de l'époque vantent l'air balsamique, les senteurs résineuses, l'air marin iodé et la protection offerte par la forêt. Des médecins comme Jean Hameau, installé à Arcachon, ont contribué à faire de la station un lieu recherché pour cet air balsamique attribué aux essences des pins, notamment pour les tuberculeux. Arcachon devient presque un produit de santé, et la Ville d'Hiver un gigantesque « sanatorium à ciel ouvert », expression que l'office de tourisme utilise lui-même.
Précision importante : je vous raconte une croyance médicale et un argument touristique du XIXe siècle. Ce n'est pas un fait médical actuel, et personne ne devrait aujourd'hui compter sur l'odeur des pins pour soigner une maladie.
Le lien entre la ville et la résine est d'ailleurs tellement ancien qu'il se cache peut-être jusque dans un mot aujourd'hui presque disparu.
« Arcanson » : quand Arcachon se retrouve presque dans un morceau de résine
Avez-vous déjà croisé le mot « arcanson » ? Il est presque sorti de l'usage, et pourtant je le garde absolument. Larousse le définit comme un ancien synonyme de colophane, ce résidu solide de la distillation de la résine, et le rattache au provençal arcansoun, lui-même associé à Arcachon.
Tentant d'en conclure qu'Arcachon tire son nom de la résine ? C'est précisément là qu'il faut manier les pincettes. Faisons le tri :
- Ce que l'on sait : arcanson est un ancien nom de la colophane, et chez Larousse c'est le mot arcanson qui est rattaché à Arcachon.
- Ce que l'on peut raisonnablement dire : des textes anciens relient le secteur d'Arcachon au commerce de ces produits résineux.
- Ce qui relève de la légende : faire dériver automatiquement Arcachon d'arcanson. L'étymologie du nom d'Arcachon demeure débattue, et plusieurs hypothèses coexistent (voir la page Arcachon sur Wikipédia).
Ces mythes racontent surtout une chose : pendant des siècles, le pin était partout. Puis un après-midi de juillet 2022, nous avons découvert que cela pouvait également être un problème.
Acte IV : le jour où le pilotis a brûlé
Le pin maritime brûle très bien. Alors pourquoi continue-t-on à en planter ?
Soyons honnêtes : oui, une pinède maritime est un milieu inflammable. Les aiguilles forment une litière aérée très combustible, la fougère peut fournir beaucoup de matière sèche et la résine participe à la combustibilité. Une synthèse du réseau AFORCE classe d'ailleurs la litière du pin maritime parmi les litières fortement inflammables.
Mais l'équation « pin = incendie » est beaucoup trop simpliste. D'abord parce que le pin possède aussi des adaptations au feu : écorce épaisse, bourgeons relativement protégés et, dans certaines populations, des cônes partiellement sérotineux qui conservent des graines libérées dans les conditions créées par l'incendie, rappelle le ministère de l'Agriculture. Attention toutefois : la sérotinie varie énormément d'une population à l'autre. Il serait faux de présenter tous les pins maritimes comme des arbres qui attendent l'incendie pour se reproduire.
Ensuite parce que le risque dépend d'un système : la météo, la sécheresse, la quantité et la continuité du combustible, la structure des peuplements, l'entretien, les infrastructures de DFCI (défense des forêts contre l'incendie), la fréquentation humaine et les modes de gestion. Le pin brûle bien. Mais expliquer les incendies landais uniquement par sa présence est insuffisant.
Alors pourquoi continue-t-on à en planter ? Parce que c'est l'arbre qui s'accommode le mieux de ces sols pauvres, parce que l'économie de toute une filière repose sur lui, et parce que la réponse actuelle des forestiers n'est pas « le même pin partout », mais un pin accompagné d'autres essences, comme on le verra plus bas.
Toutes ces notions forestières sont restées abstraites jusqu'au 12 juillet 2022.
12 juillet 2022 : en quelques heures, le décor est devenu combustible
Le 12 juillet 2022, en milieu d'après-midi, un premier feu se déclare dans le secteur de La Teste-de-Buch, près de la dune du Pilat. Quelques heures plus tard, deux autres démarrent à Landiras, dans le sud de la Gironde. Dans la nuit, quelque 6 000 vacanciers de cinq campings du secteur du Pilat sont évacués par précaution.
Le feu de La Teste est fixé le 23 juillet puis maîtrisé le 29 juillet, selon la préfecture de Gironde. Les chiffres varient selon les périmètres retenus. L'ONF et la mairie retiennent environ 5 800 hectares de forêt brûlée à La Teste-de-Buch, dont 1 028 hectares de forêt domaniale. La préfecture évoquait de son côté près de 7 000 hectares brûlés au total. Si je rapproche deux chiffres de l'ONF, ces 1 028 hectares représentent à peu près la moitié des 2 030 hectares de la forêt domaniale de La Teste.
Côté humain, le magazine municipal de La Teste-de-Buch évoque près de 20 000 personnes évacuées sur la commune, et le feu a détruit des campings et des restaurants. La préfecture comptait pour sa part 36 750 personnes évacuées au 22 juillet pour l'ensemble des deux incendies de Gironde (La Teste et Landiras).
Économiquement, trois sites de « plans-plages », le Petit-Nice, la Lagune et la Salie, qui accueillaient avant l'incendie 800 000 visiteurs d'après l'ONF, ont été touchés. 100 hectares de dune ont été impactés, et l'ONF estime à 1,5 million d'euros les dégâts sur les équipements : stationnements, ganivelles, caillebotis, panneaux d'information. En deux mois, huit ouvriers forestiers ont posé plus de 8 km de ganivelles, installé 3 500 poteaux et 7 500 pieux pour matérialiser les parkings.
Paysagèrement, un effet que personne n'avait prévu : en retirant la forêt, le feu a révélé le relief de la dune, et de nouvelles fenêtres sur l'océan se sont ouvertes, note l'ONF.
La défense contre l'incendie a aussi été renforcée : pistes forestières remises à neuf et numérotées, deux experts DFCI recrutés à Bruges et un coordonnateur zonal pour la Nouvelle-Aquitaine, deux patrouilles de première intervention (à Hourtin et au Temple) équipées d'un 4x4 avec cuve de 600 litres, et trois techniciens de terrain dont un à Biscarrosse.
Pourtant, lorsque les flammes ont disparu, une autre surprise attendait les forestiers : tout ce qui paraissait mort ne l'était pas.
Un pin noirci n'est pas forcément un bois brûlé
L'ONF l'explique sans détour : dans la majorité des cas, les pins n'ont pas été carbonisés en profondeur. L'écorce épaisse du pin maritime a protégé le bois, qui a conservé ses qualités mécaniques. Une exploitation rapide a donc permis de valoriser 80 000 m³ de bois, exploités dans l'urgence.
Ces bois ont été vendus à des acheteurs locaux (85 % en Nouvelle-Aquitaine, 15 % dans les départements limitrophes) et valorisés ainsi :
- 45 % en bois d'industrie : panneaux de particules, papier et chimie verte ;
- 25 % en bois de caissage : emballages ;
- 20 % en canter : palettes ;
- 10 % en bois de qualité : parquet, lambris, charpente.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. À l'incendie s'est ajoutée une seconde crise : l'invasion de scolytes. Ces coléoptères colonisent le bois, empêchent la circulation de la sève et condamnent l'arbre. Favorisés par les hivers doux, ils attaquent les arbres affaiblis par le feu et la sécheresse. Les arbres touchés devaient être identifiés, coupés et évacués sous six semaines pour empêcher la génération suivante de coloniser de nouveaux hôtes. Au total, environ 15 % de la forêt a dû être exploitée pour des raisons sanitaires, et la dernière opération, au printemps 2023, a eu lieu avant l'envol de la deuxième génération.
Pour mieux comprendre le scolyte sténographe, l'ONF et l'INRAE ont installé six sites de suivi (pièges à phéromones, sondes de température de l'air et du sol, pièges à émergence), et les images du satellite Sentinel-2 servent à repérer les zones de dépérissement. Le périmètre brûlé est devenu un laboratoire grandeur nature.
Restait alors la question que tout le Bassin se posait : fallait-il tout replanter ? La forêt a commencé à répondre avant les hommes.
Quatre ans après l'incendie, des milliers de pins ont repoussé sans demander notre permission
Le 15 septembre 2026, l'ONF a publié un bilan quatre ans après l'incendie. Le principe annoncé : plutôt que de reconstituer systématiquement les parcelles brûlées, observer et accompagner la régénération naturelle.
Sur les quelque 1 050 hectares de forêt domaniale touchés, les forestiers ont réalisé près de 3 000 points de relevé selon un maillage de 30 mètres sur 30 mètres. Le résultat montre une forêt capable de se régénérer, mais de manière très hétérogène :
- environ 20 % de la surface comporte encore quelque 200 peuplements d'arbres adultes sur pied, vivants ou morts, ces derniers gardant une utilité écologique puisque le bois mort est l'habitat de près de 30 % de la biodiversité forestière ;
- un quart de la forêt brûlée s'est correctement régénéré, et les forestiers y font des dégagements, c'est-à-dire qu'ils éliminent la végétation concurrente pour favoriser les jeunes arbres ;
- à l'est, dans les zones les plus touchées, environ 300 hectares sur les 1 050 présentent une quasi-absence de régénération naturelle ;
- le reste est en situation intermédiaire : la régénération est présente mais trop clairsemée pour constituer un peuplement sylvicole.
Pour ces secteurs sans relève naturelle, l'ONF a planté 88 hectares en mars 2026 : 89 191 pins maritimes, issus de graines de peuplements classés récoltées localement, fruit de cinq générations d'adaptation au milieu. Ailleurs, l'office préfère laisser du temps. Comme le dit Paul Tourneur, chef de projet biodiversité à l'ONF : « Laisser faire la nature, c'est parfois la meilleure solution ».
Soyons complets, car le bilan l'est aussi : les conditions climatiques difficiles de l'été 2026 ont mis à mal ces jeunes plants. Deux zones ont notamment été abîmées par des corneilles, ce qui impose un replantage à l'automne sur environ 4 hectares, et les taux de survie seront réévalués pour ajuster les regarnis. Un arrêté ministériel de crise, valable jusqu'en janvier 2028, encadre les actions urgentes, et un nouveau plan de gestion sur 15 ans se prépare, avec parmi les pistes des zones de surveillance en libre évolution dans trois secteurs (est, centre, ouest). Un technicien forestier de La Teste compare d'ailleurs la situation à celle de leurs aïeux du XIXe siècle, quand ils commençaient à faire pousser la forêt.
Et lorsqu'il a fallu planter, les forestiers ont fait quelque chose qui raconte probablement la forêt du futur : ils n'ont pas planté uniquement des pins.
Pourquoi plante-t-on désormais trois arbres là où l'on n'en voyait souvent qu'un ?
Voilà le choix qui, je crois, raconte le mieux la forêt de demain. En mars 2026, l'ONF n'a pas replanté uniquement du pin maritime. Aux 89 191 pins s'ajoutent 15 153 chênes-lièges et 2 123 chênes tauzins, introduits en sous-étage. Trois essences au lieu d'une.
Ces chênes sont naturellement présents dans le secteur, précise l'ONF, et offrent une perspective économique, paysagère et adaptative à long terme : diversification, résilience face au climat de demain, paysage, biodiversité.
L'ONF annonce 70 % de pins maritimes et 30 % de feuillus. Je me suis amusé à refaire le calcul avec les chiffres bruts : 89 191 pins pour 17 276 chênes (15 153 plus 2 123), cela donne environ 84 % de pins si l'on compte les plants. Les 70/30 renvoient donc probablement à la composition visée du peuplement plutôt qu'au simple décompte des plants. C'est mon interprétation, je vous donne les deux séries de chiffres pour que vous puissiez en juger.
Conclusion : ce n'est ni « on replante la même pinède » ni « on remplace les pins par des feuillus ». La stratégie consiste à garder le pin comme essence structurante tout en augmentant la diversité. Et dans beaucoup d'endroits, l'ONF choisit simplement de ne rien planter tout de suite.
Et le feu avait déjà commencé ce travail de diversification d'une manière beaucoup plus brutale.
Après l'incendie, 203 espèces de coléoptères sont venues raconter une autre histoire
Un incendie est une catastrophe. C'est aussi, du point de vue écologique, une perturbation qui produit de nouveaux milieux. Le bilan de l'ONF le montre bien.
Dès l'automne 2022, les premiers semis de pins maritimes sont apparus, accompagnés d'arbousier et de genêt, des espèces déjà présentes dans le secteur. À la Salie, la disparition d'un peuplement d'arbres adultes a changé le fonctionnement de l'eau et permis l'apparition d'une zone humide : saules, amphibiens, et même un héron venu guetter les batraciens, raconte un technicien forestier.
Chez les oiseaux, les zones les plus touchées restent appauvries, mais l'ouverture du paysage profite aux espèces de milieux ouverts : pipit rousseline, fauvette grisette, bruant zizi. Dans les îlots forestiers préservés subsistent la mésange huppée, le grimpereau des jardins et le roitelet à triple bandeau. Le circaète Jean-le-Blanc et le faucon hobereau sont même revenus nicher dans la forêt.
Chez les insectes, le laboratoire d'entomologie forestière de l'ONF a recensé 203 espèces de coléoptères, dont 172 espèces saproxyliques, liées au bois mort. Une étude de l'ONF a aussi montré que 55 espèces végétales différentes étaient dispersées par des mammifères, principalement des lapins et des lièvres. Les inventaires se poursuivent sur la flore, les champignons, les reptiles, les amphibiens, les oiseaux et les chauves-souris.
Attention à ne pas enjoliver : l'ONF parle d'une reprise réelle mais contrastée. Les milieux humides et certaines zones ouvertes se montrent particulièrement résilients, d'autres habitats évoluent plus lentement, et les espèces pionnières et généralistes dominent encore dans de nombreux secteurs. Reste que tout cela pulvérise l'idée d'une forêt réduite à « des pins alignés ».
La plus grosse surprise allait pourtant venir non pas des insectes ou des oiseaux, mais de 153 vieux pins dont on allait lire les souvenirs année après année.
Acte V : ce que 153 pins racontent du futur
153 pins de La Teste viennent de contrarier ce que l'on pensait du réchauffement climatique
C'est ici que je vous demande de rester attentifs, parce que c'est la donnée scientifique la plus surprenante de tout mon dossier. En 2025, le dendroécologue Didier Bert publie dans la Revue forestière française une étude fondée sur 153 pins maritimes de la forêt de La Teste, échantillonnés après l'incendie. Les chercheurs ont utilisé leurs cernes de croissance pour reconstruire leurs relations avec le climat.
Dans beaucoup de forêts françaises, les travaux de dendroécologie mettent en évidence une hausse historique de productivité suivie d'un tassement ou d'un recul depuis les années 1990. Pas ici. Sur cet échantillon, le déclin de croissance observé ailleurs n'a pas été retrouvé localement, et les modèles dendroclimatiques utilisés projettent même une croissance encore positive à long terme au XXIe siècle.
L'eau reste néanmoins déterminante : les précipitations cumulées expliquent une grande partie des variations de croissance observées. Des températures hivernales plus élevées semblent favoriser la croissance, tandis que des températures élevées de juillet à novembre jouent plutôt dans le sens inverse.
Les précautions comptent, alors je les écris noir sur blanc : cette étude concerne une forêt dunaire ancienne aux caractéristiques très particulières (des dunes vieilles de deux millénaires, sans alios). Ce n'est pas la preuve que « le réchauffement est bon pour les pins », et on ne peut surtout pas en déduire que toutes les pinèdes landaises en profiteront. Mais c'est un résultat contre-intuitif : l'un des plus anciens peuplements de pins du Bassin pourrait être mieux armé face au climat futur qu'on ne le pensait. Les données associées sont déposées sur l'entrepôt de données de la recherche française.
Le réchauffement n'est pourtant peut-être pas la menace la plus immédiate. Le prochain ennemi du pin est tellement petit qu'on ne peut même pas le voir à l'œil nu.
Le nouvel ennemi du pin mesure moins d'un millimètre
C'est probablement le sujet qu'aucun article généraliste sur le pin du Bassin publié avant la fin 2025 ne pouvait contenir. Le nématode du pin, Bursaphelenchus xylophilus, est un ver microscopique transporté par des coléoptères du genre Monochamus (des longicornes). Il pénètre dans les pins, perturbe la circulation de l'eau et peut provoquer le flétrissement puis la mort en quelques semaines : le ministère de l'Agriculture indique 30 à 50 jours après inoculation dans les cas graves.
Originaire d'Amérique du Nord, il a causé de lourds dégâts en Asie. Il est présent au Portugal depuis 1999 et en Espagne depuis 2008. En France, la première détection officielle a eu lieu début novembre 2025 à Seignosse, dans les Landes, sur des pins maritimes. Depuis, la chronologie s'accélère :
- Mars 2026 : nouvelle détection à Angresse (Landes), sur un pin d'un parc privé situé à 2,3 km du premier foyer, abattu et broyé aussitôt (EPPO).
- 16 juillet 2026 : détection à Lescar (Pyrénées-Atlantiques), sur un pin laricio symptomatique en zone urbaine, à environ 60 km de la zone délimitée landaise.
- Fin août 2026 : six pins positifs confirmés à Orthevielle (Landes). D'après le bulletin de la DRAAF du 10 septembre, la zone délimitée liée au foyer de Seignosse atteint 170 210 hectares, avec 26 communes supplémentaires dans les Landes et 20 dans les Pyrénées-Atlantiques. La zone de Lescar atteint 216 332 hectares après de nouveaux prélèvements positifs à Mourenx, Artix et Lons.
Les autorités ne plaisantent pas : une zone infestée de 500 mètres de rayon autour des arbres positifs, avec abattage des résineux, et une zone tampon de 20 kilomètres où les chantiers de coupe sont soumis à autorisation et où le transport de bois et de végétaux de résineux est restreint. D'après la presse, l'INRAE a inauguré le 9 septembre 2026 une serre de recherche confinée en Gironde pour travailler sur ce ravageur.
Si vous vivez dans une zone délimitée, les arrêtés préfectoraux s'appliquent, y compris le signalement sans délai des résineux dépérissants à la DRAAF Nouvelle-Aquitaine. Ailleurs, en cas de doute devant un pin qui dépérit brutalement, rapprochez-vous de la DRAAF ou de la FREDON. Et pour rassurer : le nématode ne présente aucun risque pour la santé humaine ou animale.
Pour affronter ce genre de menace, le pin du futur ne reposera d'ailleurs plus uniquement sur la sélection naturelle.
Le pin que vous croyez sauvage est aussi un produit de haute technologie
On imagine volontiers le pin des Landes comme un arbre rustique et ancestral, qui pousse tout seul. C'est une moitié de vérité. Depuis plusieurs décennies, le massif fait l'objet d'un programme d'amélioration génétique très poussé : on sélectionne la croissance, la rectitude, l'adaptation.
Selon le CNPF, les premières générations améliorées apportaient environ 15 % de gain en volume et en rectitude, et la deuxième génération environ 30 %. Avec la sylviculture, cela explique le passage d'environ 4 à près de 12 m³ par hectare et par an en cinquante ans. Les plants mis en terre à La Teste en 2026 sont d'ailleurs, d'après l'ONF, issus de graines de peuplements classés et fruit de cinq générations d'adaptation au milieu local.
Les travaux récents vont encore plus loin : génomique, sélection accélérée et même recherches sur la mémoire épigénétique. L'INRAE a montré que la température subie par l'embryon pendant sa maturation, testée à 18, 23 et 28 °C en laboratoire, peut laisser une signature épigénétique repérable chez de jeunes pins de deux ans. C'est une piste pour comprendre, et peut-être accompagner, l'adaptation de l'espèce au climat qui vient. Des travaux de génomique en prépublication comparent par ailleurs 34 populations de pin maritime plantées dans cinq jardins communs pour tester des prédictions d'adaptation.
Formulé simplement : le pin des Landes que l'on croit sauvage et ancestral est aussi un arbre très étudié et très sélectionné. La forêt contemporaine est le résultat d'une interaction entre nature et science.
À force de sélectionner et planter le même arbre, une question finit forcément par surgir : avons-nous transformé les Landes en monoculture ?
La monoculture de pins ? Oui. Et non.
Affrontons la question de face. À l'échelle économique, la domination du pin maritime est écrasante. Le massif des Landes de Gascogne couvre plus d'un million d'hectares dans les Landes, la Gironde et le Lot-et-Garonne, et il est composé à 75 % de pins maritimes, rappelle l'AFP. Sur ce plan-là, oui.
Mais dire « la forêt du Bassin est une monoculture de pins » efface beaucoup de réalité écologique. Dans les forêts dunaires du Bassin, l'ONF insiste sur la diversité des reliefs, des clairières, des lisières et des peuplements, avec une place importante pour le chêne vert et le chêne-liège. Dunes, zones humides, sous-bois : tout cela compose une mosaïque. Il faut distinguer le peuplement industriel uniforme de l'écosystème forestier du Bassin.
Même dans les forêts de production, le CNPF recommande explicitement de conserver des îlots de feuillus, des bordures, du sous-bois et de petits espaces ouverts pour maintenir la biodiversité.
Le véritable débat n'est donc pas « pin ou biodiversité ? », mais « quelle structure de forêt autour du pin ? ».
Quelques chiffres permettent d'ailleurs de comprendre à quel point le pin domine réellement le paysage… et pourquoi il ne peut pas être réduit à une simple monoculture.
818 000 hectares et 87 millions de mètres cubes : peut-on encore parler d'un simple arbre ?
Je vous avais prévenu qu'on parlerait chiffres. Voici le moment où les statistiques font l'effet d'une petite déflagration. Gardez-les sous la main, elles servent à tout le reste.
| Donnée | Valeur à retenir | Source |
|---|---|---|
| Surface de pin maritime en Nouvelle-Aquitaine | env. 818 000 ha | CNPF |
| Volume sur pied régional | env. 87 millions de m³ | CNPF |
| Hauteur moyenne / plus grand individu mesuré | 18 m / 36 m | IGN |
| Aiguilles | env. 10 à 20 cm, parfois jusqu'à 25 cm | ONF, CNPF |
| Cônes | env. 10 à 18 cm, parfois davantage | ONF, CNPF |
| Production moyenne de la forêt moderne | près de 12 m³/ha/an, contre env. 4 il y a cinquante ans | CNPF |
| Cycle courant pour le bois d'œuvre | env. 35 à 50 ans | CNPF |
| Récolte régionale de pin maritime en 2024 | 2,5 millions de m³ (env. 85 % de la récolte française) | DRAAF Nouvelle-Aquitaine |
| Sciages (statistiques régionales récentes) | 882 000 m³ | DRAAF Nouvelle-Aquitaine |
| Forêts dunaires publiques « Forêt d'Exception » du Bassin | env. 6 550 ha | ONF |
| Forêt usagère de La Teste | env. 3 900 ha, près de 2 000 ans d'ancienneté | Revue forestière française |
| Incendie 2022 à La Teste | env. 5 800 ha de forêt brûlée, dont 1 028 ha de forêt domaniale | ONF |
| Bois récupéré après l'incendie | env. 80 000 m³ | ONF |
| Régénération observée en 2026 | près de 3 000 points de relevé, un quart de la surface bien régénéré, env. 300 ha quasi sans régénération | ONF |
| Replantation domaniale 2026 | 88 ha : 89 191 pins, 15 153 chênes-lièges, 2 123 chênes tauzins | ONF |
| Coléoptères recensés après l'incendie | 203 espèces, dont 172 liées au bois mort | ONF |
| Pins analysés dans l'étude climat 2025 | 153 | Revue forestière française |
| Nématode : zone délimitée liée au foyer de Seignosse | 170 210 ha (bulletin du 10 septembre 2026) | DRAAF Nouvelle-Aquitaine |
Un arbre qui couvre 818 000 hectares, pèse 87 millions de m³ sur pied, fournit l'essentiel de la récolte nationale de son espèce et dont on suit 153 individus au cerne près : difficile de parler encore d'un simple arbre.
Avec un tel poids écologique, économique et historique, on pourrait imaginer que tout a déjà été écrit sur lui. C'est précisément là que les choses deviennent amusantes.
Acte VI : tout ce qu'on raconte sur le pin… et ce qu'on oublie
Google connaît très bien le pin maritime. Beaucoup moins bien son histoire avec le Bassin.
Voici ce qui m'a frappé en lisant tout cela : l'information existe, mais elle est dispersée. Tapez « pin maritime » dans un moteur de recherche, vous tomberez sur d'excellentes ressources. L'ONF raconte l'arbre, ses dimensions, sa résine, son habitat. Le CNPF raconte la sylviculture : sols, croissance, plantation, sélection, usages du bois. L'IGN fournit les données nationales les plus solides. EUFORGEN apporte la dimension européenne, la génétique et l'écologie. Et la Revue forestière française offre ce que les pages généralistes ont rarement : la profondeur historique et juridique de la forêt usagère, et la recherche récente sur la croissance et le climat.
Chacun raconte son morceau. Les botanistes racontent l'arbre. Les forestiers racontent la sylviculture. Les historiens racontent le gemmage. Les juristes racontent la forêt usagère. Les biologistes racontent le feu. Les climatologues racontent ses cernes. Mais presque personne ne rassemble tout.
J'avais moi-même publié une première synthèse, Bassin d'Arcachon vert pin, qui posait la base : un arbre indigène, son histoire, ses caractéristiques et son rapport au Bassin. C'était la fiche d'identité. Ce que vous lisez maintenant, c'est l'enquête.
Car si l'on met tout bout à bout, on obtient une histoire cohérente :
- un arbre indigène sur le littoral gascon ;
- la fixation des dunes ;
- la loi de 1857 et la grande forêt cultivée ;
- le gemmage et l'économie de la résine ;
- la forêt usagère de La Teste ;
- les pignots des parcs à huîtres ;
- la Ville d'Hiver et l'air des pins ;
- l'économie contemporaine du bois ;
- l'incendie de 2022 ;
- la biodiversité post-feu ;
- l'étude climatique de 2025 ;
- les replantations de 2026 ;
- le nématode.
C'est là que naît ma thèse : le pin maritime n'est pas un élément du décor du Bassin. Il fait partie de son infrastructure historique.
À condition, évidemment, de distinguer ce que les archives et la science nous racontent de ce que six générations de légendes locales ont fini par transformer en vérité.
Plus on cherche le pin maritime, moins les légendes résistent
Dernier grand chapitre : refermer les fausses croyances. À mesure que je recoupais les sources, les légendes tombaient les unes après les autres. Voici le tableau.
| Ce qu'on entend | Ce que disent les sources | Références |
|---|---|---|
| « Brémontier a inventé la forêt des Landes » | Le pin est autochtone, des forêts de pins sont documentées depuis le XVe siècle. Desbiey avait expérimenté la fixation des dunes dès les années 1770, Brémontier l'a systématisée. | CNPF, ONF, Chevalier (1925) |
| « Napoléon III a apporté le pin maritime » | Le pin est indigène. Ce qui change au XIXe siècle, c'est l'échelle (loi de 1857). | CNPF, Persée |
| « C'est une monoculture de pins » | Domination économique du pin oui, mais les forêts dunaires du Bassin forment une mosaïque (chênes, lisières, clairières, zones humides). | ONF, CNPF |
| « Un pin brûlé est un pin perdu » | L'écorce épaisse a protégé le bois : 80 000 m³ valorisés après l'incendie de 2022. | ONF |
| « Après un incendie, il faut tout replanter » | Quatre ans après, un quart de la surface s'est bien régénéré seul. L'ONF a replanté 88 ha là où la régénération manquait, et laisse le temps ailleurs. | ONF (2026) |
| « Le réchauffement fait réagir tous les pins de la même façon » | Sur 153 pins de la forêt usagère, pas de déclin local de croissance, mais ce résultat ne se généralise pas à toutes les pinèdes. | Revue forestière française (2025) |
| « Arcachon vient d'arcanson » | Larousse rattache arcanson à Arcachon, pas l'inverse. L'étymologie du nom d'Arcachon reste débattue. | Larousse, Wikipédia |
Toutes ces affirmations reposent sur des références solides : ONF, IGN, CNPF, INRAE, Revue forestière française, archives historiques (Persée), Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon, ministère de l'Agriculture. Vous les retrouverez en fin d'article.
Reste alors une question que les archives sont incapables de résoudre : dans cent ans, lorsque quelqu'un regardera le Bassin d'Arcachon, verra-t-il toujours autant de pins ?
Conclusion : le pilotis peut-il encore porter le Bassin ?
Revenons au titre. Le « pilotis » n'est pas seulement une métaphore esthétique. Le pin a soutenu successivement le sable, une économie, des familles, une industrie, des constructions, l'ostréiculture, l'image touristique d'Arcachon et une partie de son identité visuelle.
Mais un pilotis n'est jamais éternel. Incendies, climat, parasites, nouvelles pratiques sylvicoles : ce que nous appelons aujourd'hui « la forêt du Bassin » est déjà en train de changer.
Le fil conducteur de cet article, c'est une succession de basculements : arbre banal, arbre indigène, arbre historique, arbre économique, arbre culturel, arbre brûlé, arbre vivant, arbre menacé, et finalement avenir du Bassin. Presque à chaque changement de paragraphe, une information est venue contrarier celle que vous pensiez acquise.
Dans cent ans, y aura-t-il toujours autant de pins ? Aucune archive ne peut répondre. Ce que l'on sait, c'est qu'une partie de la réponse se joue maintenant : dans les 88 hectares replantés de La Teste, dans la manière dont on accompagnera la régénération naturelle, dans la vigilance autour du nématode.
La prochaine fois que vous passerez devant un pin maritime, regardez-le.
Il est peut-être beaucoup moins décoratif que vous ne le pensiez.
À bientôt sur le Bassin,
Sébastien
Envie d'aller plus loin sur le Bassin ?
Retrouvez mes autres articles sur bassin-arcachon.org, relisez la fiche d'identité Bassin d'Arcachon vert pin, ou proposez une actu et une idée de sujet via ma page auteur.
Retrouvez mes autres articles sur bassin-arcachon.org, relisez la fiche d'identité Bassin d'Arcachon vert pin, ou proposez une actu et une idée de sujet via ma page auteur.
Questions fréquentes sur le pin maritime du Bassin d'Arcachon
Le pin maritime est-il originaire des Landes de Gascogne ?
Oui. Le CNPF indique que le pin maritime est autochtone dans les Landes de Gascogne. Des forêts de pins y sont documentées au moins depuis le XVe siècle selon l'étude historique d'Auguste Chevalier (1925). Ce qui date des XVIIIe et XIXe siècles, c'est l'extension de sa surface et sa transformation en forêt cultivée.Qui a planté la forêt des Landes : Brémontier ou Napoléon III ?
Ni l'un ni l'autre au sens strict. Le chanoine Guillaume Desbiey avait expérimenté la fixation des dunes dès les années 1770, Brémontier a ensuite systématisé le procédé, le décret du 14 décembre 1810 a imposé la fixation des dunes et la loi du 19 juin 1857 a accéléré le boisement des Landes. Le pin, lui, était déjà là.Pourquoi le pin maritime pousse-t-il si bien autour du Bassin d'Arcachon ?
Parce qu'il s'accommode de sols sableux, acides et pauvres, de la sécheresse estivale comme de l'engorgement hivernal, du vent et des embruns. Le CNPF le présente comme le seul arbre réellement adapté aux sols pauvres du massif landais.Qu'est-ce que la forêt usagère de La Teste-de-Buch ?
C'est une pineraie-chênaie irrégulière d'environ 3 900 hectares, sur des dunes anciennes, soumise à des droits d'usage dont les plus anciens actes connus remontent au XVe siècle (baillette de 1468, transaction de 1759). La Revue forestière française la présente comme la seule forêt privée française connue grevée de droits d'usage de cette nature.Que sont les pignots du Bassin d'Arcachon ?
Ce sont les piquets des parcs ostréicoles. Le mot vient du gascon pinhòt, « jeune pin maritime ». Ils étaient historiquement de jeunes troncs de pin ébranchés, aujourd'hui souvent remplacés par du chêne ou du robinier, le pin tenant mal une immersion prolongée (Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon).Arcachon vient-il du mot « arcanson » ?
C'est fragile. Larousse définit arcanson comme un ancien nom de la colophane et le rattache à Arcachon, pas l'inverse. L'étymologie du nom d'Arcachon reste débattue, et l'hypothèse « Arcachon vient d'arcanson » ne doit pas être présentée comme une certitude.Le pin maritime est-il responsable des incendies dans les Landes et sur le Bassin ?
Le pin maritime est inflammable (litière d'aiguilles, résine), mais le risque dépend d'un système : météo, sécheresse, continuité du combustible, entretien, DFCI, fréquentation humaine. Il possède aussi des adaptations au feu, comme son écorce épaisse. L'équation « pin = incendie » est trop simpliste.Où en est la forêt de La Teste-de-Buch après l'incendie de 2022 ?
Selon le bilan de l'ONF de septembre 2026, un quart de la forêt domaniale brûlée s'est correctement régénéré naturellement, environ 300 hectares sur 1 050 présentent une quasi-absence de régénération, et 88 hectares ont été plantés en mars 2026 (89 191 pins maritimes, 15 153 chênes-lièges, 2 123 chênes tauzins). Un replantage d'environ 4 hectares est prévu à l'automne après des dégâts liés à l'été 2026 et aux corneilles.Combien de temps vit un pin maritime ?
Dans les inventaires de l'IGN, l'âge moyen est d'environ 20 ans et les arbres dépassent rarement 100 ans, car l'essence est très cultivée et coupée vers 35 à 50 ans. Cela ne reflète pas sa longévité biologique : certains pins-bouteilles de la forêt usagère de La Teste étaient estimés à plus de 300 ans avant l'incendie de 2022.Le réchauffement climatique menace-t-il le pin maritime du Bassin ?
Une étude de 2025 menée sur 153 pins de la forêt usagère n'a pas retrouvé localement le déclin de croissance observé dans de nombreuses forêts françaises, et les modèles projettent une croissance encore positive au XXIe siècle. Ce résultat concerne un milieu très particulier et ne se généralise pas à toutes les pinèdes landaises.Le nématode du pin menace-t-il le Bassin d'Arcachon ?
Le nématode du pin, détecté en France début novembre 2025 à Seignosse (Landes), est une menace majeure pour le massif. Au 5 octobre 2026, les foyers confirmés se situent dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques, et je n'ai trouvé aucune annonce officielle de foyer sur le Bassin d'Arcachon. La surveillance est renforcée et la situation évolue vite : consultez la DRAAF Nouvelle-Aquitaine pour les informations à jour.Sources et références
Arbre, sylviculture et statistiques
- CNPF Nouvelle-Aquitaine, fiche Pin maritime
- IGN, Inventaire forestier, fiche Pin maritime
- ONF, Le pin maritime
- EUFORGEN, Pinus pinaster
- DRAAF Nouvelle-Aquitaine, statistiques régionales de la forêt et du bois
Histoire, droit et culture locale
- Revue forestière française, étude sur la forêt usagère de La Teste (Cinotti-Lavarde)
- INPN, MNHN, fiche ZNIEFF de la forêt usagère de La Teste-de-Buch
- Auguste Chevalier (1925), étude historique sur le pin maritime, Persée
- ONF, Histoire des forêts dunaires
- SHAAPB, chronique de septembre 2025 sur les pins-bouteilles
- Parc naturel marin du Bassin d'Arcachon, Qu'est-ce qu'un pignot ?
- Larousse, définition d'arcanson
- BnF, notice sur la Ville d'Hiver d'Arcachon (Bertrand Duboscq)
- Destination Arcachon, découvrir la ville et ses quartiers
Forêts dunaires, incendie de 2022 et régénération
- ONF, Bassin d'Arcachon, forêt d'exception
- ONF, La Teste-de-Buch : quatre ans après l'incendie, que devient la forêt ? (15 septembre 2026)
- Mairie de La Teste-de-Buch, magazine municipal n°6 (juillet 2023)
- Préfecture de la Gironde, communiqué du 22 juillet 2022 sur les incendies en Gironde
- Réseau AFORCE, rapport Vulnéfeu
- Ministère de l'Agriculture, document sur le pin maritime et le feu
Climat et génétique
- Revue forestière française, étude dendroclimatique de Didier Bert (2025)
- Recherche Data Gouv, jeu de données associé à l'étude
- INRAE, Les graines de pin maritime gardent la mémoire des changements de température
Nématode du pin
- Ministère de l'Agriculture, Le nématode du pin, ravageur des résineux
- DRAAF Nouvelle-Aquitaine, dossier Nématode du pin
- Préfecture de région Nouvelle-Aquitaine, dossier Nématode du pin
- Plateforme ESV, veille Nématode du pin (bulletin DRAAF du 10 septembre 2026)
- EPPO, nouvelle détection de Bursaphelenchus xylophilus en France
- Franceinfo, nouveaux cas confirmés en Nouvelle-Aquitaine (11 septembre 2026)
- L'Info durable (AFP), nouveau foyer dans les Pyrénées-Atlantiques







