Sébastien du bassin d’Arcachon

Tourisme sur le Bassin d’Arcachon en 2026 : un milliard d’euros de retombées… mais à quel prix ?


Rédigé le Jeudi 22 Octobre 2026 à 08:00 | Lu 1 fois | 0 commentaire(s) modifié le Jeudi 15 Octobre 2026 - 10:21

Sébastien Sabattini
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Tourisme sur le bassin d’Arcachon en 2026
Tourisme sur le bassin d’Arcachon en 2026
En 2026, la fréquentation touristique française a encore battu des records.

Mais vous le savez, sur notre façade atlantique, …

Alors plutôt que de vous faire un point du tourisme sur le bassin d’Arcachon en 2026 après les inondations, canicules, incendies et autres plaies d’Egypte, j’ai voulu m’intéresser à une autre question : comment continuer à attirer des touristes sans finir par décourager ceux qui vivent ici ?

J’ai voulu regarder les chiffres de plus près. Et quelques-uns méritent franchement qu’on s’y attarde.
 

2026 : une saison touristique qui a toussé

 
Selon l’INSEE (toutes les sources en bas d’article) , les hébergements collectifs français ont enregistré 260,5 millions de nuitées entre mai et août 2026, soit une progression de 1,1 %.

Sur la façade Sud-Atlantique, en revanche, les nuitées ont reculé de 2,3 %.

Incendies, canicules, carburants plus chers et pouvoir d’achat sous pression ont sensiblement compliqué la saison.

En Gironde, 92 % des professionnels du tourisme interrogés déclarent avoir subi des annulations liées aux incendies.

C’est impressionnant non ?.

Autre chiffre révélateur : dans une enquête régionale, 62 % des Français interrogés affirment avoir réduit certaines dépenses de vacances, notamment les restaurants et les loisirs payants.

Un détail qui change beaucoup de choses. Un touriste peut être présent, dormir sur place, profiter des plages et pourtant faire moins travailler les entreprises locales.

Les professionnels du tourisme connaissent bien cette nuance.

Précisons que ces chiffres concernent des périmètres régionaux ou départementaux, faute de bilan consolidé de l’ensemble du Bassin pour 2026.
 

Près d’un milliard d’euros : le poids du tourisme dans notre économie


Le 9 octobre dernier, Thierry Gouaichault, président de la commission Promotion du SIBA, rappelait que les retombées du tourisme approchaient le milliard d’euros sur notre territoire.

Une sacrée somme !

Le dernier chiffrage détaillé repris dans le recueil touristique officiel du SIBA, publié au printemps 2026, remonte pourtant à une enquête de 2019 : 760 millions d’euros de dépenses touristiques pour 10,8 millions de nuitées.

À cette époque, chaque visiteur dépensait en moyenne 70,80 € par jour.

Le tourisme représentait également plus de 7 000 emplois, soit 19 % des emplois marchands du territoire en moyenne annuelle. En plein mois d’août, ce nombre atteignait 11 700.

Pour mesurer l’importance de cette industrie, regardons nos autres activités emblématiques.

L’ostréiculture représente environ 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et 600 emplois.
Le nautisme, 58 millions d’euros et quelque 1 000 emplois, selon les chiffres rassemblés par le SIBA.

Attention, les dépenses touristiques et les chiffres d’affaires de ces filières ne sont pas directement comparables. Une partie se recoupe d’ailleurs.

Reste une évidence : le tourisme fait vivre bien davantage que les hôtels, les campings et les restaurants.

Une étude de la CCI révèle par exemple que 61 % des commerçants interrogés sur le marché de La Teste-de-Buch estiment que les touristes représentent entre 40 et 60 % de leur chiffre d’affaires.

Voilà qui change un peu notre représentation du marché traditionnel fréquenté par les habitués.
 

Le chiffre qui m’a le plus surpris concerne les logements


Sur le Bassin, le SIBA recense environ 45 882 lits touristiques marchands, contre 150 695 lits dans les résidences secondaires.

Plus de trois fois plus !

Autrement dit, une partie essentielle de notre tourisme échappe à l’image traditionnelle de l’hôtelier accueillant des vacanciers.

Les chiffres de l’INSEE confirment cette particularité : en 2023, les résidences secondaires et logements occasionnels représentaient 61,9 % des logements d’Arcachon et 65,4 % de ceux de Lège-Cap-Ferret.

Cela pose une question délicate : combien de logements restent accessibles à ceux qui travaillent toute l’année sur le Bassin ?

On aurait tort d’attribuer toutes les difficultés immobilières au tourisme. L’attractivité résidentielle, la démographie et le marché immobilier jouent également leur rôle.

Mais il serait tout aussi naïf d’ignorer l’effet de cette concentration de résidences secondaires sur la vie locale.
 

Combien coûte réellement le tourisme aux habitants ?


C’est ici que mon enquête se heurte à une étrange absence.

Nous savons estimer les dépenses des visiteurs.
Nous connaissons les recettes de la taxe de séjour.
Mais nous peinons à trouver un chiffre public consolidé du coût supplémentaire que représente l’affluence touristique pour les collectivités.

Quelques montants donnent néanmoins une idée des enjeux.

👉 En 2024, la COBAS a consacré 24,42 millions d’euros HT au fonctionnement et aux investissements de son service public de gestion des déchets.

👉 Le budget 2026 du SIBA prévoit, lui, 1,696 million d’euros pour le réensablement des plages.

Bien entendu, ces dépenses ne sont pas exclusivement touristiques. Les habitants produisent des déchets et profitent eux aussi des plages entretenues.

Mais accueillir une population beaucoup plus importante pendant quelques semaines suppose des moyens supplémentaires : nettoyage, collecte, sécurité, stationnement, entretien et protection des espaces naturels.
En face, les communes du Bassin ont collecté près de 4,4 millions d’euros de taxe de séjour en 2025, hors taxes additionnelles. C’est environ 74 % de plus qu’en 2019, une progression qui tient aussi aux évolutions de tarifs et de collecte.
Là encore, il ne faudrait pas confondre cette taxe avec l’ensemble des recettes publiques liées au tourisme.
La question reste entière : si nous savons à peu près ce que rapporte le tourisme à notre économie, savons-nous ce qu’il coûte à notre territoire ?
 

Un habitant sur trois voit le tourisme d’un mauvais œil


C’est peut-être le chiffre le plus politique de cette histoire.

Selon une enquête réalisée en 2022 par le département de la Gironde et Kantar Public, huit Girondins sur dix considéraient que le tourisme avait un impact positif sur leur département.

Mais parmi les habitants du Bassin, environ un tiers lui attribuait un impact négatif.

On peut comprendre les deux points de vue.

Le restaurateur qui réalise une partie essentielle de son chiffre d’affaires pendant l’été n’aura probablement pas le même regard que le salarié qui met deux fois plus de temps à rentrer chez lui.

Et que dire des jeunes actifs qui cherchent à se loger à proximité de leur emploi ?

Cette cohabitation devient un véritable sujet d’aménagement du territoire. D’autant que l’activité touristique a également besoin de salariés, de logements accessibles et de services qui fonctionnent toute l’année.
Le tourisme pourrait finir par souffrir de certains déséquilibres qu’accompagne son propre succès.
 

Et si le Bassin avait surtout besoin de meilleurs touristes ?


Je force volontairement le trait. Il ne s’agit évidemment pas de juger les visiteurs, encore moins de sélectionner les vacanciers selon leur portefeuille.

Mais une réflexion mérite d’être menée.

Un visiteur qui séjourne une semaine en dehors des vacances scolaires, fréquente les commerces, découvre les producteurs locaux et se déplace à vélo apporte une valeur différente de celui qui vient quelques heures en plein mois d’août, lorsque les infrastructures sont déjà saturées.

La durée du séjour, les habitudes de consommation, la saison et les déplacements comptent autant que le nombre de personnes accueillies.

Le SIBA semble d’ailleurs avoir intégré cette réalité depuis plusieurs années.

Sa stratégie privilégie déjà un tourisme mieux réparti dans le temps.

Et la commission Promotion du 9 octobre 2026 a ouvert les réflexions sur la période 2027-2030, avec une volonté de mieux associer les habitants.

C’est probablement dans cette direction qu’il faut chercher.

Après tout, le Bassin dispose de quelque chose que bien des destinations touristiques nous envient : une vie économique, culturelle, maritime et commerciale qui ne s’interrompt pas lorsque les parasols se referment.

L’ostréiculture, les métiers du nautisme, l’artisanat, le commerce et les entreprises de services ne sont pas simplement des décors de vacances. Ils font exister notre territoire douze mois sur douze.
 

Le tourisme, une richesse qu’il faut apprendre à mesurer autrement


Je n’ai aucune envie de voir disparaître les touristes du Bassin d’Arcachon. Ce serait économiquement absurde et humainement bien triste.

Mais après avoir parcouru toutes ces données, une conviction s’impose : nous avons besoin d’indicateurs plus complets.

Combien de valeur économique reste effectivement sur le territoire ?
Combien d’emplois durables sont créés ?
Combien coûtent les pics de fréquentation ?
Quelle place reste-t-il aux habitants dans les communes les plus touristiques ?

Les chiffres de 2026 ne permettent pas encore de répondre à toutes ces questions.
Et si nous commencions par là ?

Depuis des décennies, nous comptons soigneusement les touristes qui viennent découvrir le Bassin.

Il serait peut-être temps de mesurer aussi les conditions qui permettent à ceux qui y vivent de continuer à l’aimer.
 

Sources et références




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