Sébastien du bassin d’Arcachon
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Le Trou Saint-Yves : le secret bien gardé du Bassin d'Arcachon

Rédigé le Mardi 14 Avril 2026 à 08:00 Mis à jour le Lundi 13 Avril 2026



Trou Saint Yves à Arcachon
Trou Saint Yves à Arcachon
Sous vos pieds, depuis la jetée de la Chapelle, dort un abîme. Un cimetière marin silencieux, ignoré des promeneurs mais bien connu des plongeurs. Bienvenue au Trou Saint-Yves, l'endroit le plus profond du Bassin d'Arcachon.
 

Une fosse née des dunes


Il y a des mystères que le Bassin cache sous ses eaux couleur d'étain. Le Trou Saint-Yves en est l'un des plus beaux exemples. Situé face à la jetée de la Chapelle, dans la Ville de Printemps d'Arcachon, cette fosse sous-marine s'est formée par l'affaissement brutal d'un champ de dunes sous-marines, sur la rive concave du chenal du Teychan, là où les marées sculptent sans relâche les fonds sableux du Bassin.
Le résultat ? Un petit abîme discret qui plonge jusqu'à environ 30 mètres de profondeur à marée haute ce qui en fait sans conteste l'un des points les plus profonds, voire le plus profond, de tout le Bassin d'Arcachon. De la jetée, les pêcheurs qui laissent filer leur ligne au-dessus de cet enfoncement ignorent souvent à quel point le fond est loin sous eux. Les plongeurs, eux, le savent très bien. C'est d'ailleurs le site de plongée le plus fréquenté du Bassin, certains y ayant réalisé plus de la moitié de leurs plongées au fil des années.
 

La villa qui donne son nom à la fosse


Comment une fosse sous-marine hérite-t-elle d'un nom aussi élégant ? La réponse est là, sur le boulevard de la Plage, impossible à manquer : la villa Saint-Yves, grande demeure Belle Époque reconnaissable entre toutes à sa tourelle et son clocheton blanc et vert.
Construite vers 1905-1910, cette villa a été conçue par l'architecte Jean Arnaudin pour le prince Auguste de Broglie. Elle compte parmi les demeures les plus remarquables de la Ville de Printemps, notamment pour les dimensions spectaculaires de la chambre dite « de la Princesse » plus de 55 m², soit 11,55 m sur 5 m. Un luxe rare qui témoigne du faste de cette époque dorée où l'aristocratie et la haute bourgeoisie se pressaient à Arcachon pour y bâtir leurs villas de bord de Bassin.
Autrefois, la villa disposait d'un débarcadère privé qui s'avançait vers le Bassin. Aujourd'hui effondré, ce ponton a sans doute entretenu un dialogue singulier avec les fonds marins qui s'érodaient peu à peu sous la poussée des marées. La fosse qui s'est creusée juste en face a naturellement pris le nom de la villa — et ce nom est resté.
 

Le cimetière marin du Bassin


Si la fosse intrigue depuis le rivage, c'est surtout ce qu'elle recèle dans ses profondeurs qui fait vibrer les plongeurs. Le Trou Saint-Yves est souvent décrit comme un véritable « cimetière marin » : au fil des décennies, plusieurs navires désarmés y ont été volontairement coulés, transformant cet abîme sableux en un extraordinaire musée sous-marin.

Voici les épaves qui y reposent ou à proximité immédiate :
Le Cotre Bleu — Sans doute la plus célèbre de toutes. De son vrai nom Joseph-Mathilde, ce chalutier en bois immatriculé ARC 13319 puis AC 322787 avait été construit en 1940 aux Sables-d'Olonne. Il arborait, comme son surnom l'indique, une peinture d'un bleu magnifique. Il est coulé le 22 juin 1976 et repose depuis lors parmi les épaves du site.
La Poupe — Chalutier construit à Arcachon même en 1953, immatriculé AC 12736. Une épave à l'histoire bien locale.
La Mado — Construite aux chantiers Jean Lefèvre à Étaples, immatriculée AC 14198. Son coulage fut mémorable : la Mado refusa obstinément de couler ! Il fallut l'éventer à la hache pour qu'elle finisse par rejoindre le fond.
La Petite Fleur de Lisieux — En 1987, par un petit coefficient de marée, la vedette de promenade Libertad remorqua ce chalutier jusqu'à sa destination finale. Il repose depuis dans un creux du Trou Saint-Yves, par 32 mètres de fond.
Le Santez Ana — Un autre chalutier qui a rejoint ce cimetière sous-marin, dont on peut encore retrouver des archives photographiques qui le montrent échoué sur la plage avant son ultime voyage.
À ces épaves s'ajoutent d'autres vestiges identifiés par les plongeurs : le Christiane, le Christian Yann, le Golf 56, sans oublier une vedette de gendarmerie dont personne ne semble savoir exactement comment elle a atterri là.

Et la faune, dans tout ça ? Elle s'est parfaitement adaptée à ce décor de métal et de bois. Les péreys de pierres qui entourent la fosse et les coques des épaves accueillent hippocampes, poulpes, congres, nudibranches, anémones, sèches, lièvres de mer selon les saisons, anguilles, raies torpilles et même des pastenagues. Les plongeurs croisent régulièrement des homards, des bancs de mulets, de balistes, de bars, de dorades, de tacauds et de vieilles, ainsi que de spectaculaires murs de corynactis et de clavelines. Un aquarium grandeur nature, au cœur même du Bassin.
 

Le Mystère IV : un avion de chasse dans la fosse


Mais le récit le plus fascinant du Trou Saint-Yves n'est pas celui d'un bateau. C'est celui d'un avion de chasse.
Le mardi 18 novembre 1969, vers midi, le ciel du Bassin d'Arcachon est exceptionnellement dégagé. Après des mois de pluies, d'orages et de tempêtes, le soleil s'est imposé et les températures frôlent zéro. Les habitants osent à peine mettre le nez dehors quand soudain, au-dessus des eaux, l'incroyable se produit : deux avions militaires se percutent en plein vol.
Le premier, l'habitacle à moitié arraché, parvient de justesse à rentrer à la base aérienne de Cazaux. Le second, un Mystère IV piloté par le lieutenant Théophile Rion directeur des vols à la base de Cazaux —, semble d'abord piquer droit sur la ville. Le pilote parvient à le redresser in extremis vers la mer. L'appareil s'écrase à pic dans le Bassin, à 500 mètres au large de la plage Pereire, près de la bouée numéro 15. Le lieutenant Rion s'éjecte alors que son avion n'est plus qu'à 50 mètres au-dessus de l'eau. Un exploit. Il survivra à l'accident et sera même consacré par la suite treize fois meilleur pilote de chasse « tireur » de l'Armée de l'Air au cours de sa carrière.
L'épave de l'avion gît alors au large de la plage Pereire. On envisage de la remorquer au port pour ferraillage, mais l'opération s'avère complexe : comment sortir de l'eau une telle carcasse ? Les militaires récupèrent quelques pièces sur l'appareil. Et puis vient la décision : on remorque le Mystère IV jusqu'au cimetière de bateaux le Trou Saint-Yves, au large de la jetée de la Chapelle.
Depuis, l'avion repose quelque part dans la fosse. Mais voilà où commence la légende : il est si profondément ensablé que même les plongeurs qui fréquentent assidûment ce spot ne parviennent pas toujours à le localiser. Certains affirment l'avoir vu. D'autres doutent de son existence. La frontière entre la réalité et le mythe s'est brouillée avec les décennies. Ce Mystère IV est devenu, lui aussi, un mystère à part entière.
L'histoire ne s'arrête pas là : six mois après le crash du lieutenant Rion, un autre Mystère IV s'écrase en forêt de La Teste. Cette fois, le pilote n'aura pas la même chance.
 

La jetée de la Chapelle : le balcon au-dessus de l'abîme


Pour les habitants et les visiteurs, le Trou Saint-Yves se contemple depuis la jetée de la Chapelle. C'est depuis ce promontoire que l'on devine, sans vraiment en mesurer la profondeur, ce que le Bassin dissimule sous sa surface. Les pêcheurs qui y viennent à l'aube, les familles qui s'y promènent le week-end, les amoureux qui regardent le soleil décliner sur l'île aux Oiseaux ils flânent tous au-dessus d'un cimetière marin sans le savoir.
À l'entrée de la jetée, la Croix des Marins veille. Posée là en 1902 pour protéger les navigateurs, elle a résisté aux tempêtes et aux accidents, toujours restaurée, toujours debout. Une résistance qui dit quelque chose de ce lieu, de sa mémoire, de sa résilience face aux éléments.
 

Plonger dans le Trou Saint-Yves : infos pratiques


Le site se plonge depuis le bord, dans l'impasse en face de la rue Saint-François-d'Assise. Les plongées se déroulent à l'étale de marée de préférence à marée haute, pour une meilleure visibilité. Celle-ci est très variable : de quelques centimètres à 10 mètres dans les meilleurs cas, avec une moyenne autour de 3 mètres. Autant dire qu'il faut s'armer de sa lampe dès l'immersion. La profondeur maximale oscille entre 25 et 30 mètres selon la marée. C'est une plongée de niveau intermédiaire qui récompense largement l'effort par la richesse de sa faune et l'atmosphère particulière des épaves.
 

Le Bassin a ses profondeurs, et elles ont des noms


Le Trou Saint-Yves, c'est cela : un morceau d'histoire locale dissimulé sous des eaux que l'on croit tranquilles. Une fosse née des dunes, baptisée du nom d'une villa princière, creusée par les marées, peuplée de chalutiers sabordés, d'une vedette de gendarmerie et d'un avion de chasse. Un lieu où la géologie, la mémoire maritime et le folklore se confondent dans les mêmes profondeurs.
La prochaine fois que vous vous promènerez sur la jetée de la Chapelle, levez les yeux vers la villa avec le clocheton puis regardez l'eau juste en face. Là, à 30 mètres sous la surface, tout un monde dort.

Sébastien Sabattini
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