Le Monte Cristo du bassin d’Arcachon


Rédigé le Dimanche 4 Octobre 2026 à 07:16 | Lu 53 fois | 0 commentaire(s) modifié le Dimanche 4 Octobre 2026 - 07:19

Sébastien Sabattini
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Livre Monte-Cristo de Patrice Vergès
Livre Monte-Cristo de Patrice Vergès
Le livre d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, fait partie de ces livres que l’on dit avoir lus sans jamais les avoir lus.

On range les tomes dans sa bibliothèque, mais disons-le : il faut avoir le courage d’affronter les 1 500 pages qui nous attendent…

Eh bien, le Monte Cristo de Patrice Vergès ne fait que 363 pages et il représente une excellente initiation à l’histoire de Dumas grâce à une idée brillante de Patrice. Je vous en parlerai un peu plus tard...

J’ai un reproche à faire au Monte-Cristo de Patrice Vergès

Je l’ai lu beaucoup trop vite.

Et bien figurez vous pourtant que que je lis pas mal de livres d’auteurs modernes connus et cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu un page turner dans la main et il s’avère que l’auteur est local.

Lorsque je suis arrivé à la dernière page du Monte-Cristo de Vergès, ma première pensée a été assez paradoxale : j’aurais aimé que le livre soit plus long.
 

Monte-Cristo, évidemment

Difficile avec un titre pareil de cacher la filiation.

Publié en 2019 aux éditions Vents Salés, le roman de Patrice Vergès raconte l’histoire de Marc Visani, accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis, trahi notamment par sa compagne et condamné à sept années de prison.

Jusque-là, les lecteurs d’Alexandre Dumas commencent déjà à froncer un sourcil.

Un innocent trahi. La prison. La vengeance à venir. Edmond Dantès n’est effectivement pas très loin.

Mais Patrice Vergès a une idée beaucoup plus intéressante que de simplement transposer Le Comte de Monte-Cristo à notre époque.

Il fait entrer le livre de Dumas dans son propre livre. (C’est ça l’idée brillante d’auteur que j’ai adoré)

Quand un roman devient un mode d’emploi

En prison, Marc Visani rencontre celui que l’on surnomme le Banquier. Celui-ci écoute son histoire et remarque sa ressemblance troublante avec celle d’Edmond Dantès. Il lui fait alors découvrir le roman de Dumas et le surnomme lui-même « Monte-Cristo ».

Marc Visani ne va pas vivre seulement une histoire qui ressemble à celle du Comte de Monte-Cristo.

Il va décider de s’en servir.

Le roman de Dumas devient progressivement son manuel de vengeance.

Identités nouvelles, transformations physiques, mise en scène, abbé Busoni… Visani ne subit plus le parallèle avec Edmond Dantès : il l’organise.

Et je trouve l’idée brillante.

Nous ne sommes plus simplement dans une adaptation moderne du roman de Dumas. Nous regardons un personnage utiliser un chef-d’œuvre de la littérature pour écrire lui-même la suite de sa propre vie.

C’est presque une vengeance en abyme.

Dumas écrit Dantès.

Vergès écrit Visani.

Et Visani utilise Dumas pour devenir Dantès.

Avouez que la mécanique est assez jolie. (En tout cas moi elle me plaît.)

Une mécanique, justement

Le mot n’est peut-être pas choisi au hasard quand on connaît Patrice Vergès. Avant d’être romancier, Patrice est journaliste automobile depuis plus de quarante ans. Il a travaillé pour de nombreux titres spécialisés et essayé plus de 2000 voitures neuves au cours de sa carrière.

Et son héros, évidemment, trafique des voitures d’occasion avec son associé Nassim. On ne se refait pas.

J’ai d’ailleurs retrouvé dans ce livre quelque chose qui correspond assez bien à l’homme que j’ai rencontré : Patrice aime que les choses avancent. Pas de graisse littéraire inutile. Ça roule. Ça bifurque. Ça accélère. Et l’on veut connaître la suite. L’intrigue nous emmène notamment jusqu’à la maison d’arrêt de Gradignan et sur le Bassin d’Arcachon, avec un passage par l’Île aux Oiseaux.

Forcément, pour moi, cela ajoute encore un petit plaisir supplémentaire à la lecture.

Il existe pourtant un danger

S’attaquer au Comte de Monte-Cristo,  même indirectement, c’est tout de même arriver au bistrot et annoncer que l’on va refaire la recette de la blanquette de la grand-mère.

On vous attend au tournant.

Le roman de Dumas est devenu l’un des archétypes absolus du récit de vengeance : trahison, enfermement, métamorphose, fortune, retour et châtiment.

Tout le monde connaît plus ou moins cette mécanique.

Le risque aurait donc été de produire une photocopie modernisée.

Je n’ai pas eu cette impression.

Parce que Patrice Vergès assume tellement le parallèle qu’il finit par en faire le moteur de son histoire.

Il ne cherche jamais à nous faire croire qu’il vient d’inventer Monte-Cristo. Il met Monte-Cristo entre les mains de son personnage. 

Et surtout, c’est agréable à lire

J’en arrive finalement à ce que je retiens le plus de ce livre. J’ai passé un bon moment. Cela paraît presque pauvre comme critique littéraire. C’est pourtant peut-être le compliment que nous oublions le plus souvent de faire à un roman. J’avais envie de le reprendre. J’avais envie de savoir comment Visani allait poursuivre sa transformation. J’avais envie de découvrir comment Patrice Vergès allait réussir à faire entrer les différents éléments du roman original dans son histoire sans perdre son propre récit. Et surtout, je n’ai jamais eu cette sensation redoutable de regarder combien de pages il me restait avant la fin d’un chapitre. Bien au contraire. À 365 pages, j’en aurais volontiers accepté quelques dizaines de plus. Ce qui est assez cocasse lorsqu’on sait que Le Comte de Monte-Cristo de Dumas est précisément célèbre pour être un roman-fleuve. 

La thème

Il faut en parler tout de même, la thématique principale du Comte de Monte-Cristo est la vengeance et de ce livre de la moitié du XIXème est né une foultitude d’autres histoires utilisant la thématique et la mécanique tellement ça marche sur nos petits cerveaux qui aiment tant les histoires de vengeance après injustice.

Mais, pour avoir lu un peu Patrice, je le soupçonne aussi d’être intéressé par les mecs ordinaires qui se transforment et pas toujours en bien.

Marc Visani est un petit escroc sans envergure, attaché à la mauvaise femme et cherchant à s’en sortir économiquement et il finit à se faire justice lui même, meurtrier, riche et pas forcément plus heureux.

Y a t’il une morale à cette histoire ?

 



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