Le résinier du Bassin d’Arcachon incarne une figure emblématique de l’histoire économique et culturelle des Landes de Gascogne.
Cette profession, centrée sur la récolte de la résine de pin maritime (gemmage), a façonné pendant des siècles les paysages, l’architecture et les traditions locales.
Aujourd’hui, si le gemmage a largement disparu après l’avènement des produits pétrochimiques, un renouveau s’amorce, porté par des initiatives touristiques et écologiques.
CONTEXTE HISTORIQUE DES RÉSINIERS DANS LES LANDES DE GASCOGNE
Origines et développement du gemmage
Le gemmage, pratiqué depuis l’Antiquité, connaît son apogée dans les Landes de Gascogne au XIX ème siècle, avec la plantation massive de pins maritimes. Cette technique consistait à entailler l’écorce des pins pour en récolter la résine, transformée en essence de térébenthine et en colophane. Ces produits étaient essentiels pour l’industrie navale, la chimie et la parfumerie. À son pic, dans les années 1930, près de 30 000 gemmeurs travaillaient dans la région, formant une communauté rurale structurée autour de cabanes isolées en forêt.
Vie quotidienne des résiniers
Les résiniers vivaient dans des cabanes en bois, souvent regroupées en hameaux éphémères près des parcelles exploitées. Leur existence était rythmée par les campagnes de gemmage, qui s’étendaient de mars à novembre. La semaine se passait en forêt, tandis que le dimanche était consacré au marché et à la sociabilité dans les bourgs voisins. Les familles résinières, bien que nomades en fonction des contrats, développèrent une culture distincte, marquée par des savoir-faire transmis de génération en génération.
ARCHITECTURE TRADITIONNELLE : LA CABANE DE RÉSINIER
Structure et matériaux
Les cabanes de résinier, construites en pin des Landes, présentaient une architecture rudimentaire adaptée aux contraintes économiques et climatiques. Leur forme parallélépipédique, avec un toit à faible pente et des murs en planches horizontales ou verticales, reflétait une simplicité fonctionnelle. La cheminée, seul élément maçonné, centralisait la vie domestique autour du feu. L’orientation sud des entrées et la disposition des ouvertures minimalistes répondaient à des impératifs thermiques.
Organisation spatiale et hameaux
Les cabanes s’organisaient parfois en petits hameaux comprenant des dépendances, un four à pain et un puits, formant des clairières autonomes au cœur de la forêt. Ces regroupements, reliés par des chemins de sable ou de coquilles d’huîtres, illustraient une exploitation collective des ressources, bien que chaque famille gérât sa « pièce » de pins.
LE GEMMAGE : TECHNIQUES ET IMPACT ÉCONOMIQUE
Méthodes traditionnelles
Le procédé dit « à la française » dominait : le résinier pratiquait une entaille en V dans l’écorce, recueillant la résine dans un pot en terre cuite fixé au tronc. La résine était ensuite transportée vers les distilleries locales, comme celles d’Arcachon, pour être transformée. Ce travail exigeait une précision manuelle et une connaissance intime des arbres, dont la santé influençait le rendement.
Rôle économique et déclin
Au début du XXème siècle, le gemmage représentait l’une des principales activités économiques de la région, exportant ses produits dans toute l’Europe. Cependant, l’émergence des dérivés pétroliers dans les années 1950 entraîna un déclin rapide. En 1990, la dernière distillerie landaise fermait ses portes, marquant la fin d’une ère.
PATRIMOINE CULTUREL ET EFFORTS DE PRÉSERVATION
Musées et mémoire collective
Des institutions comme l’écomusée Gardarem à Lanton et l’association Cap Termer à Arès perpétuent la mémoire des résiniers à travers des expositions et des ateliers. Ces lieux mettent en valeur les outils traditionnels (hapchot, pots à résine) et documentent le mode de vie des familles gemmeuses. Parallèlement, des villages conservent des toponymes évocateurs, telle la « rue des Gemmeurs » à Biscarrosse.
Réhabilitation des cabanes
Aujourd’hui, certaines cabanes sont restaurées par des propriétaires forestiers ou des passionnés, servant de résidences secondaires ou de lieux d’accueil touristique. À La Teste-de-Buch, par exemple, des descendants de gemmeurs entretiennent encore ces habitats comme symboles identitaires.
RENAISSANCE CONTEMPORAINE : ENTRE TOURISME ET INNOVATION
Retour du gemmage moderne
Depuis les années 2020, une poignée d’entrepreneurs relancent le gemmage sous une forme écologique. Au Porge et à Biscarrosse, des résiniers utilisent des techniques moins invasives, ciblant une clientèle de niche pour des produits naturels (cosmétiques, encens). Cette démarche s’inscrit dans une logique de développement durable, valorisant la forêt sans l’épuiser.
Intégration dans l’offre touristique
L’Hôtel-Restaurant Le Résinier, situé au Barp, incarne cette synthèse entre patrimoine et modernité. Son architecture s’inspire des cabanes traditionnelles, avec des salles nommées « La Cabane » ou « La Grange », tandis que sa cuisine met à l’honneur des produits locaux comme les huîtres du Bassin et le bœuf de race Blonde d’Aquitaine. En organisant des événements (mariages, séminaires) dans un cadre évocateur, cet établissement devient un vecteur de transmission culturelle.
Expériences immersives
Des circuits guidés, proposés par des acteurs comme Arcachon Ecotours, invitent les visiteurs à découvrir les techniques de gemmage et à rencontrer des résiniers modernes. Ces initiatives, combinant histoire et écologie, attirent un public curieux d’authenticité et de savoir-faire artisanaux.
Cette profession, centrée sur la récolte de la résine de pin maritime (gemmage), a façonné pendant des siècles les paysages, l’architecture et les traditions locales.
Aujourd’hui, si le gemmage a largement disparu après l’avènement des produits pétrochimiques, un renouveau s’amorce, porté par des initiatives touristiques et écologiques.
CONTEXTE HISTORIQUE DES RÉSINIERS DANS LES LANDES DE GASCOGNE
Origines et développement du gemmage
Le gemmage, pratiqué depuis l’Antiquité, connaît son apogée dans les Landes de Gascogne au XIX ème siècle, avec la plantation massive de pins maritimes. Cette technique consistait à entailler l’écorce des pins pour en récolter la résine, transformée en essence de térébenthine et en colophane. Ces produits étaient essentiels pour l’industrie navale, la chimie et la parfumerie. À son pic, dans les années 1930, près de 30 000 gemmeurs travaillaient dans la région, formant une communauté rurale structurée autour de cabanes isolées en forêt.
Vie quotidienne des résiniers
Les résiniers vivaient dans des cabanes en bois, souvent regroupées en hameaux éphémères près des parcelles exploitées. Leur existence était rythmée par les campagnes de gemmage, qui s’étendaient de mars à novembre. La semaine se passait en forêt, tandis que le dimanche était consacré au marché et à la sociabilité dans les bourgs voisins. Les familles résinières, bien que nomades en fonction des contrats, développèrent une culture distincte, marquée par des savoir-faire transmis de génération en génération.
ARCHITECTURE TRADITIONNELLE : LA CABANE DE RÉSINIER
Structure et matériaux
Les cabanes de résinier, construites en pin des Landes, présentaient une architecture rudimentaire adaptée aux contraintes économiques et climatiques. Leur forme parallélépipédique, avec un toit à faible pente et des murs en planches horizontales ou verticales, reflétait une simplicité fonctionnelle. La cheminée, seul élément maçonné, centralisait la vie domestique autour du feu. L’orientation sud des entrées et la disposition des ouvertures minimalistes répondaient à des impératifs thermiques.
Organisation spatiale et hameaux
Les cabanes s’organisaient parfois en petits hameaux comprenant des dépendances, un four à pain et un puits, formant des clairières autonomes au cœur de la forêt. Ces regroupements, reliés par des chemins de sable ou de coquilles d’huîtres, illustraient une exploitation collective des ressources, bien que chaque famille gérât sa « pièce » de pins.
LE GEMMAGE : TECHNIQUES ET IMPACT ÉCONOMIQUE
Méthodes traditionnelles
Le procédé dit « à la française » dominait : le résinier pratiquait une entaille en V dans l’écorce, recueillant la résine dans un pot en terre cuite fixé au tronc. La résine était ensuite transportée vers les distilleries locales, comme celles d’Arcachon, pour être transformée. Ce travail exigeait une précision manuelle et une connaissance intime des arbres, dont la santé influençait le rendement.
Rôle économique et déclin
Au début du XXème siècle, le gemmage représentait l’une des principales activités économiques de la région, exportant ses produits dans toute l’Europe. Cependant, l’émergence des dérivés pétroliers dans les années 1950 entraîna un déclin rapide. En 1990, la dernière distillerie landaise fermait ses portes, marquant la fin d’une ère.
PATRIMOINE CULTUREL ET EFFORTS DE PRÉSERVATION
Musées et mémoire collective
Des institutions comme l’écomusée Gardarem à Lanton et l’association Cap Termer à Arès perpétuent la mémoire des résiniers à travers des expositions et des ateliers. Ces lieux mettent en valeur les outils traditionnels (hapchot, pots à résine) et documentent le mode de vie des familles gemmeuses. Parallèlement, des villages conservent des toponymes évocateurs, telle la « rue des Gemmeurs » à Biscarrosse.
Réhabilitation des cabanes
Aujourd’hui, certaines cabanes sont restaurées par des propriétaires forestiers ou des passionnés, servant de résidences secondaires ou de lieux d’accueil touristique. À La Teste-de-Buch, par exemple, des descendants de gemmeurs entretiennent encore ces habitats comme symboles identitaires.
RENAISSANCE CONTEMPORAINE : ENTRE TOURISME ET INNOVATION
Retour du gemmage moderne
Depuis les années 2020, une poignée d’entrepreneurs relancent le gemmage sous une forme écologique. Au Porge et à Biscarrosse, des résiniers utilisent des techniques moins invasives, ciblant une clientèle de niche pour des produits naturels (cosmétiques, encens). Cette démarche s’inscrit dans une logique de développement durable, valorisant la forêt sans l’épuiser.
Intégration dans l’offre touristique
L’Hôtel-Restaurant Le Résinier, situé au Barp, incarne cette synthèse entre patrimoine et modernité. Son architecture s’inspire des cabanes traditionnelles, avec des salles nommées « La Cabane » ou « La Grange », tandis que sa cuisine met à l’honneur des produits locaux comme les huîtres du Bassin et le bœuf de race Blonde d’Aquitaine. En organisant des événements (mariages, séminaires) dans un cadre évocateur, cet établissement devient un vecteur de transmission culturelle.
Expériences immersives
Des circuits guidés, proposés par des acteurs comme Arcachon Ecotours, invitent les visiteurs à découvrir les techniques de gemmage et à rencontrer des résiniers modernes. Ces initiatives, combinant histoire et écologie, attirent un public curieux d’authenticité et de savoir-faire artisanaux.
Le résinier du Bassin d’Arcachon, bien qu’issu d’un passé révolu, continue d’imprégner l’identité régionale. À travers la préservation de son architecture, la revitalisation de ses pratiques et son intégration dans le tourisme culturel, cette figure incarne une dialectique entre tradition et innovation. Les défis restent nombreux notamment la rentabilité du gemmage moderne, mais les initiatives récentes montrent qu’un avenir est possible, ancré dans le respect des paysages et des héritages. Pour les chercheurs, ce sujet offre un champ d’étude riche, allant de l’anthropologie historique aux sciences environnementales.


