Sébastien du bassin d’Arcachon
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L'impayé n'est pas une injustice : c'est le prix du risque immobilier

Rédigé le Lundi 16 Février 2026 à 11:00 Mis à jour le Lundi 16 Février 2026


ÉDITO : les impayés de loyer sont des problèmes de riches ?
L’impayé est un risque économique normal… mais mal anticipé par beaucoup de bailleurs.
Le problème n’est pas que le risque existe.
Le problème, c’est qu’on investit souvent en immobilier comme s’il n’existait pas.


Impayés de loyer : reflexion
Impayés de loyer : reflexion
Cela fait longtemps que je souhaitais écrire cet article.
J’ai longtemps hésité parce que j’ai beaucoup de propriétaires dans ma communauté et je travaille pour des agences immobilières.
Mais je trouve que ce point de vue mérite d’être exposé et que mes détracteurs auront ainsi l’occasion de s’exprimer.

Alors, j’ouvre le bal : Pourquoi le bailleur n'est pas une victime… mais un investisseur.
 

La phrase qui dérange


"J'ai investi dans un appartement et mon locataire ne paie plus. C'est scandaleux."

Combien de fois avez-vous entendu cette phrase ?

Prononcée avec indignation, comme si l'univers venait de violer une loi naturelle.

Le propriétaire a payé son bien, respecté ses obligations, et voilà qu'un locataire défaillant vient tout gâcher.

L'injustice semble évidente.

Mais posons calmement la question : pourquoi serait-ce scandaleux… économiquement ?

Précisons immédiatement le cadre : nous ne parlons pas ici de détresse humaine, ni de moralité.
Personne ne nie qu'un impayé soit pénible, parfois même dramatique pour le bailleur.

Mais nous sortons délibérément du registre moral pour entrer dans le registre économique.

Car c'est là que se situe le malentendu fondamental.
 
La vraie question est celle-ci : aucun investissement n'est garanti. Pourquoi l'immobilier ferait-il exception ?
 

Le malentendu : l'immobilier n'est pas un livret A


Beaucoup de bailleurs confondent à mon sens deux choses radicalement différentes :
  • Un placement sécurisé (livret A, fonds euros, obligations d'État)
  • L'exploitation d'un actif productif
 
Louer un bien, ce n'est pas placer son argent à la banque.

C'est exploiter un actif productif, au même titre qu'un commerce, une franchise ou une participation au capital d'une entreprise.

Et un actif productif implique, par nature :
  • De la gestion active
  • De l'incertitude
  • Un risque de défaut
  • Une réglementation mouvante
  • Des cycles économiques
 
Pensez au bitcoin : personne ne s'étonne qu'il puisse chuter de 50 % en quelques mois.

La volatilité est assumée, intégrée, acceptée.

En bourse, les investisseurs savent qu'une action peut s'effondrer.

Dans le commerce, un restaurateur sait qu'il peut enchaîner des mois creux, affronter des clients insolvables, subir une concurrence imprévue.
 
Pourquoi l'immobilier serait-il différent ?

Parce qu'il touche à la pierre, ce symbole de solidité.

Parce qu'on l'associe à la sécurité, au patrimoine transmissible, à la stabilité.

Mais cette perception culturelle ne change rien à la réalité économique : le rendement locatif existe précisément parce qu'il y a du risque.

Sans risque, le rendement tend vers zéro.

C'est une loi du marché, pas une opinion.
 

Le loyer est le prix du risque

 
Un bailleur n'est pas rémunéré pour "posséder un bien". Il est rémunéré pour absorber un ensemble de risques :
  • Le risque d'impayé
  • Le risque de vacance locative
  • Le risque juridique
  • Le risque de dégradation
  • Le risque fiscal
  • Le risque politique
 
Le loyer n'est pas "un dû moral". C'est une rémunération pour prise de risque.
Plus le rendement est élevé → plus le risque est important.
Plus le marché est sécurisé → plus le rendement est faible.

Dans les quartiers parisiens prisés, le rendement locatif brut tourne autour de 2 à 3 %.

Dans certaines villes de province, il peut atteindre 7 à 10 %.

Cette différence reflète une évaluation collective du risque.
 

Pourquoi l'impayé choque plus que la perte en bourse ?


Quand une action chute de 30 %, l'investisseur soupire : "C'est le marché."
Quand un locataire ne paie pas, le bailleur s'exclame : "C'est injuste !"

Pourquoi cette différence ?

Parce que l'immobilier touche à l'habitat, donc à l'émotion.

On mélange économie et morale.

Mais une perte reste une perte, qu'elle vienne d'une action qui baisse ou d'un loyer qui n'entre pas.

La différence psychologique ne change rien à la réalité comptable.
 

Le risque est déjà intégré dans le système

 
Le marché a prévu le risque locatif :
  • Assurances loyers impayés (GLI)
  • Cautions solidaires
  • Sélection des dossiers
  • Garantie Visale
  • Structures juridiques pour mutualiser
  • Déductions fiscales
 
 Un investisseur qui choisit de ne pas s'assurer augmente son rendement potentiel… et son exposition au risque.

C'est une décision stratégique, pas une injustice imprévisible.
 

Ce que cela implique réellement

 
Un impayé peut être dur financièrement.
La souffrance est réelle.

Mais ce n'est pas une anomalie du système. C'est un événement statistique.

Le bailleur n'est pas victime d'un accident. Il est confronté à la réalité de son modèle économique.

L'immobilier locatif est une forme d'entrepreneuriat.

Avec ses revenus, ses contraintes, et ses risques.
 

Élever le débat

 
Acceptons-nous vraiment le risque quand il concerne notre argent ?
Ou voulons-nous le rendement sans l'incertitude ?

Le rendement est toujours la contrepartie d'un risque.

Investir, c'est accepter de ne pas tout contrôler.

L'immobilier n'est pas une exception.

C'est une autre forme d'entrepreneuriat plus stable parfois, mais incertain malgré tout.

Comprendre cela ne supprime ni la frustration d'un impayé, ni le droit de se protéger.

Mais cela change le regard.

Et peut-être, aussi, la manière d'investir.

 

J’ai hâte de lire vos réflexions sur ce sujet en commentaire 

 

Sébastien Sabattini
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1.Posté par Georges Landreau le 16/02/2026 20:59
Quand tout se passe bien un bailleur dans notre région peut obtenir un rendement de 3 à 5 %, mais il y a de plus en plus de problèmes d'impayés de loyer, problèmes qui peuvent durer jusqu'à deux ans, j'ai même vu un cas où le bailleur n'à rien obtenu pendant trois ans avant que le locataire indélicat ne soit expulsé et laisse le bien dans un état lamentable avec de gros travaux pour remettre en état.
Ce genre de situation explique en partie le manque de biens à la location, et ça perdurera tant que des lois ne protègeront pas les propriétaires comme ça existe dans d'autres pays.
Vous parlez d'assurances loyers impayés, c'est très long et compliqué pour obtenir réparation.
Sur le bassin, beaucoup de familles ont des difficultés pour se loger et assumer le prix des loyers très élevés qui ne sont pas en rapport avec les salaires trop bas, ceci explique celà.

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