Les ostréiculteurs auraient bâti ces deux cabanes tchanquées sur pilotis pour guetter leurs parcs et repousser les voleurs d'huîtres.
Belle histoire.
Fausse histoire. ❌
La cabane n°3 aux volets rouges et la cabane n°53 aux volets blancs, celles que vous photographiez aujourd'hui, n'ont jamais abrité le moindre gardien de parc.
Ce sont des maisons de vacances, construites en 1946 et 1948, bien après la disparition de la véritable cabane ostréicole.
Il y a bien eu UNE cabane à huîtres. Une seule. Et elle n'existe plus.
Une première cabane tchanquée voit le jour vers 1881 au lieu-dit Sourdouille, à l'initiative des ostréiculteurs Pibert et Mozas, avant d'être officiellement autorisée par arrêté préfectoral en 1883 sur le domaine public maritime.
Perchée sur pilotis, elle permet de garder un œil sur les parcs même à marée haute et de limiter les vols, un vrai fléau à l'époque où l'huître se cultive à ciel ouvert.
Endommagée par une tempête en 1937, réparée, elle ne résiste pas à celle de 1943.
Ses pilotis en bois sont toujours visibles à marée basse, à quelques mètres des deux cabanes actuelles.
1946 et 1948 : deux résidences secondaires, pas des postes de guet
La cabane n°3, aux volets rouges
Après la tempête de 1943, René Landry, charpentier-menuisier arcachonnais, obtient en 1945 des Affaires maritimes l'autorisation de construire une « habitation de plaisance ».
Rien à voir avec un abri ostréicole.
Il bâtit sa cabane avec son gendre Claude Bardou ; les travaux s'achèvent en 1946.
La cabane n°53, aux volets blancs
Deux ans plus tard, en 1948, Hubert Longau, entrepreneur du bâtiment et lui-même concessionnaire ostréicole par ailleurs, construit la sienne avec l'aide de ses fils.
Elle est baptisée en juillet 1948, avant même que les finitions soient terminées.
Sa vocation : la villégiature, la pêche, la chasse.
Pas la surveillance.
Pourquoi des cabanes sur pilotis pour des vacances plutôt qu'une maison classique ?
Parce que l'après-guerre change la donne : les ostréiculteurs, qui rejoignent désormais leurs parcs en quelques minutes en bateau à moteur, n'ont plus besoin d'un poste avancé sur l'eau.
Les historiens Vincent André-Lamat et Marie Mellac l'ont documenté en 2014 : ce sont les plaisanciers, en majorité originaires du Bassin, qui récupèrent ces emplacements pour de nouvelles pratiques liées à la nature.
La chronologie qui contredit la légende
Date Événement 1881–1883 Construction puis autorisation officielle de la cabane à vocation ostréicole (Pibert-Mozas) 1937 Tempête, dégâts, réparation 1943 Tempête, destruction définitive de la cabane de surveillance 1945–1946 Cabane n°3, volets rouges — résidence de loisir (Landry-Bardou) 1948 Cabane n°53, volets blancs — résidence de loisir (Longau) 2007–2008 Cabane n°53 démolie puis reconstruite à l'identique, en bois 2023–2024 Cabane n°3 démolie puis reconstruite à l'identique
D'où vient la confusion ?
Le mot « tchanquée » n'aide pas : il vient du gascon chancada, qui désigne simplement une construction juchée sur des pilotis, des échasses.
Rien dans l'étymologie ne parle d'huîtres.
Ajoutez à cela que la vraie cabane de surveillance a disparu depuis 1943, que ses héritières visuelles lui ressemblent à s'y méprendre, et qu'une légende de gardien d'huîtres se raconte tellement mieux qu'une histoire de permis de construire pour maison de vacances.
Résultat : la confusion se transmet de guide en guide depuis quatre-vingts ans.
Ce qui est vrai, en revanche Les toutes premières cabanes ostréicoles sur pilotis du Bassin apparaissent bien avant, au port de Larros à Gujan-Mestras et au port des Tuiles à Biganos. Les pilotis de la cabane originelle de 1881-1883 sont toujours visibles à marée basse près de l'Île aux Oiseaux. Lors de leurs reconstructions respectives, les pilotis en béton armé, devenus dangereux, ont été remplacés par des poteaux en azobé, un bois imputrescible en eau salée. La cabane n°53 abrite aujourd'hui un espace consacré à l'histoire du Bassin et de l'ostréiculture. Les deux cabanes restent des concessions précaires sur le domaine public maritime, gérées par le Conservatoire du littoral et la commune de La Teste-de-Buch. Questions fréquentes Les cabanes tchanquées ont-elles un jour servi à surveiller des huîtres ? Une seule cabane tchanquée, disparue depuis 1943, a rempli ce rôle. Les deux cabanes visibles aujourd'hui (n°3 et n°53) ont toujours été des résidences de loisir. Peut-on encore voir les vestiges de la cabane ostréicole d'origine ? Oui : les pilotis en bois de la cabane Pibert-Mozas affleurent encore à marée basse, à proximité immédiate des deux cabanes actuelles. Peut-on visiter les cabanes tchanquées ? Elles sont accessibles en bateau à marée haute, au départ du port d'Arcachon ou du Moulleau ; à marée basse, il faut s'aventurer pieds nus dans la vase. La cabane n°53 accueille un espace muséographique lors de visites organisées.
À suivre : les cabanes tchanquées ne sont pas la seule légende du Bassin qui a la vie dure. Envie de voir les vestiges de la vraie cabane à huîtres de vos propres yeux ? Une sortie en pinasse depuis Arcachon ou le Moulleau vous emmène jusqu'à l'Île aux Oiseaux.