Villa Saint-Yves à Arcachon : le joyau du front de mer qui garde les secrets du Bassin

Rédigé le Lundi 30 Mars 2026 à 08:00 Mis à jour le Lundi 30 Mars 2026



Villas Saint Yves à Arcachon
Si vous avez déjà flâné le long du boulevard de la Plage, dans la Ville de Printemps d'Arcachon, il y a de fortes chances que vous vous soyez arrêté, presque malgré vous, devant une silhouette qui tranche sur toutes les autres.

Une tourelle blanche et verte qui monte vers le ciel, un belvédère qui semble surveiller les eaux du Bassin depuis plus d'un siècle, une façade aux volumes complexes qui respire l'audace et l'élégance de la Belle Époque.

La Villa Saint-Yves, au 285 boulevard de la Plage, n'est pas seulement une belle maison.

C'est un morceau vivant de l'histoire d'Arcachon, une fenêtre ouverte sur un monde de princes, d'artistes et de marins.

Laissez-moi vous emmener dans les coulisses de cette demeure extraordinaire.

   

Demande officielle

J’adorerais que les propriétaires m’autorisent à :


1️⃣ Juste prendre une photo vers le bassin depuis le haut de la tourelle 

👉 Si j’ai cette autorisation, je suis content.

2️⃣ S’il le souhaite et dans les conditions qu’ils souhaitent, plus de photo de cette propriété.

👉 j’en serais ravi

3️⃣ Une interview complète avec autorisation avant publication s’il le souhaite 

👉 Mon rêve, une des meilleures interviews que mon média pourrait publier


🔥 MON CONTACT : sebastien@bassin-arcachon.org


 


Les origines : bien avant la Belle Époque

Vers 1900 : La plage, vue de la jetée de La Chapelle - éditeur LL - La villa "Saint-Yves" se détache au bord de l'eau. @ Arcachon Nostalgie
L'histoire de la Villa Saint-Yves est plus ancienne qu'on ne le croit.

Sur l'emplacement de l'actuelle villa, une construction existait déjà au début du XIXe siècle, longtemps avant qu'Arcachon ne devienne la station balnéaire à la mode que les Pereire ont façonnée à partir des années 1860.

Cette maison primitive, modeste et anonyme, occupait déjà ce bout de front de mer stratégique, face aux eaux changeantes du Bassin.

Ce n'est qu'à partir de 1904 que l'histoire prend un tournant spectaculaire … et princier.
 

Le prince, l'artiste lyrique et l'architecte génial

Armoirie de Broglie-Revel
Cette année-là, Auguste Marie Raymond Sosthène de Broglie-Revel s'installe à Arcachon.

Né le 22 août 1878, issu de l'une des familles nobles les plus illustres de France, une maison piémontaise installée en France depuis le XVIIe siècle, qui a donné à la République des maréchaux, des présidents du Conseil, des académiciens et même un Prix Nobel de physique il arrive en compagnie de Jeanne Tricaud, ex-artiste lyrique au parcours flamboyant.

Les deux amants choisissent la Villa Saint-Yves pour en faire leur résidence arcachonnaise, leur nid d'amour face au Bassin.

Ils se marieront finalement en 1908.

Le prince ne fait pas les choses à moitié.

Pour transformer la vieille bâtisse en une demeure digne de son rang et de ses ambitions, il fait appel au meilleur : Jean Arnaudin, architecte bordelais (1875–1908), figure de proue de l'architecture arcachonnaise de la Belle Époque.

C'est un choix de prestige absolu.

Arnaudin est alors au sommet de son art, un architecte prolifique et visionnaire dont le talent transcende les modes.

Dès août 1904, les plans sont élaborés.

Il associe à sa démarche deux collaborateurs de premier rang :  Pierre Blavy, entrepreneur de confiance, le maître-verrier bordelais Chauffrey, dont les créations en verre et vitraux ajouteront à la villa une dimension artistique rare.
Le projet aboutit à des plans d'une audace folle.

Mais le destin est cruel : Jean Arnaudin meurt en juin 1908, avant même le début des travaux de construction.

Son œuvre lui survit pourtant : la construction de la nouvelle Villa Saint-Yves débute en 1910, fidèle aux plans qu'il avait tracés jusqu'à son dernier souffle.
 

Une architecture qui n'appartient qu'à Arcachon

Ce que l'on voit aujourd'hui au 285 boulevard de la Plage est le résultat de cette gestation exceptionnelle : une villa de style arcachonnais dans toute sa splendeur éclectique.

Le style arcachonnais, c'est cet art balnéaire unique, né au tournant du XXe siècle, qui mêle toitures complexes, avancées sur rue, tourelles, terrasses généreuses et décors pittoresques hérités de la Belle Époque.

La Villa Saint-Yves en est l'un des exemples les plus aboutis qui subsistent sur le front de mer.

Voici ce que renferme cette demeure hors du commun :

À l'extérieur, c'est la tourelle ou clocheton qui capte d'abord le regard.
Surmontée d'un belvédère blanc et vert, elle domine le paysage du front de mer et est visible de très loin, depuis le Bassin.
L'élévation principale, tournée vers le sud et vers les eaux, présente une travée centrale avec pignon couvert, toit à deux pans en tuile mécanique, fermette débordante, égouts retroussés et charpente ouvragée sous le pignon un vocabulaire architectural qui sonne comme une déclaration d'amour au pittoresque local.
Les grandes fenêtres, caractéristiques du genre balnéaire, inondent les volumes de lumière et offrent des vues panoramiques sur le Bassin.
Plusieurs terrasses prolongent la villa vers l'extérieur sur un terrain d'environ 1 000 m².

À l'intérieur, la villa déploie quelque 400 m² d'espaces habitables organisés sur un rez-de-chaussée, un étage carré et un étage de comble. On y trouve quatre chambres, dont trois suites à l'étage supérieur, et un grand salon d'environ 70 m². Mais la pièce la plus légendaire reste sans conteste la chambre de la princesse : une enfilade de plus de 55 m² (11,55 m × 5 m), dont les dimensions défient l'imagination et racontent, à elles seules, l'extravagance d'une époque. Une ancienne annonce de vente vantait d'ailleurs une décoration qualifiée de « Grand Prix de Rome » — sans doute l'œuvre d'un artiste récompensé — et promettait un « confort princier » dans le « plus bel emplacement » de la ville.

François Thévenot : l'industriel qui agrandit le domaine

François Thévenot
En 1917, le prince Auguste de Broglie-Revel quitte la villa tout en conservant son annexe, la villa Francia.

Il cède Saint-Yves à François Thévenot, un industriel d'envergure, fondateur de l'usine de munitions de Croix-d'Hins, qui a fait fortune pendant la Grande Guerre.

Thévenot n'est pas homme à lésiner.

Il conservera la villa une dizaine d'années, le temps de faire agrandir la demeure et d'aménager le parc avec le soin d'un vrai mécène du patrimoine.

À la même période, il mène de front l'aménagement du domaine de Chavat à Podensac, ce qui donne la mesure de l'homme et de ses ambitions architecturales.
 

Le Trou Saint-Yves : quand une villa donne son nom aux fonds marins

Photo d’une épave au fond du trou Saint Yves @ C Veillard
Voilà peut-être l'aspect le plus fascinant de l'histoire de cette villa : elle n'a pas seulement marqué le paysage terrestre d'Arcachon  elle a aussi donné son nom aux profondeurs du Bassin.

Juste devant la Villa Saint-Yves, les eaux du Bassin cachent une surprise géologique : une large fosse naturelle d'une trentaine de mètres de fond, surnommée le Trou Saint-Yves, sans doute l'endroit le plus profond du Bassin d'Arcachon accessible depuis la côte.

Cette dépression petit abîme dans un champ de dunes sous-marines affaissées, sur la rive concave du chenal du Teychan  fut naturellement baptisée d'après la villa dont le belvédère blanc et vert sert de repère incontournable depuis les eaux.

Le Trou Saint-Yves est aujourd'hui le site de plongée le plus visité du Bassin.

Les plongeurs y descendent à l'étale de marée (de préférence haute pour une meilleure visibilité, qui oscille entre moins de 50 cm et, les bons jours, une dizaine de mètres) pour explorer un paysage sous-marin d'une richesse étonnante.

Sur les péreys  ces structures de pierres immergées on rencontre hippocampes, poulpes, congres, nudibranches, anémones, sèches, anguilles, raies torpilles et pastenagues.

Autour, plusieurs épaves complètent le tableau : le Côtre Bleu, le Christiane, la Mado, le Santez Anna, la Petite Fleur de Lisieux... et même une vedette de gendarmerie.

La plus insolite de ces épaves ?

Un Mystère IV, avion militaire à réaction, qui plongea dans le Bassin le 18 novembre 1969 après une collision aérienne à 700 km/h au-dessus des flots.

Incapable d'être remonté proprement, il fut remorqué jusqu'au Trou Saint-Yves, où il repose toujours, ensablé, gardien métallique d'un temps qui ne reviendra pas.

À l'époque de la villa dans sa splendeur, un débarcadère privé permettait au prince et à ses hôtes de rejoindre directement les eaux du Bassin.

Il s'est effondré depuis, emporté par les marées qui sculptent inlassablement ces fonds de sable et de vase.
 

Un repère pour les marins, une icône pour les Arcachonnais

La tourelle de la Villa Saint-Yves n'est pas seulement un ornement architectural : elle a longtemps servi de repère visuel pour les marins naviguant dans le Bassin.

L'annonce ancienne de vente mentionnait d'ailleurs, parmi les atouts de la propriété, ses facilités de « canotage » et de « mouillage » preuve que la villa et sa situation en front de mer étaient pensées comme un ensemble pleinement intégré à la vie nautique d'Arcachon.

Aujourd'hui encore, la Villa Saint-Yves est très connue des Arcachonnais, des touristes et des plongeurs, sa silhouette « très particulière » la distinguant immédiatement de toutes les autres demeures du boulevard.

Elle figure régulièrement dans les sélections des plus belles villas d'Arcachon, ce patrimoine vivant qui fait le caractère unique de la station.

Elle a même inspiré les pinceaux d'une artiste contemporaine : en 2020Cécile Labossière en a réalisé une huile sur toile de lin, capturant ce charme intemporel que la modernité n'a pas réussi à éroder.

Et si vous passez un jour devant la Jetée de la Chapelle, sachez que depuis sa structure, le regard se porte naturellement vers la villa et sa tourelle un dialogue visuel vieux de plus d'un siècle entre l'architecture terrestre et l'immensité du Bassin.


 

Une demeure qui résiste au temps

La Villa Saint-Yves a traversé deux guerres mondiales, des décennies de mutations urbaines, la disparition de son débarcadère et le lent effacement de nombreuses belles villas qui l'entouraient jadis.

Elle est toujours là, intacte dans ses grandes lignes, avec son belvédère blanc et vert, sa tourelle inimitable, ses grandes terrasses face aux eaux.

Dans une ville où le patrimoine balnéaire Belle Époque est encore menacé par la pression immobilière, la Villa Saint-Yves reste une des plus belles preuves que certaines architectures portent en elles quelque chose d'irréductible une qualité qui dépasse les modes, les propriétaires successifs et les décennies.

La prochaine fois que vous longerez le boulevard de la Plage, levez les yeux.

Le belvédère vous regarde depuis 1910.

Et sous les eaux, à trente mètres de fond, des congres et des hippocampes font leur ronde autour des épaves, gardiens discrets d'une histoire que la villa, depuis son front de mer, n'a jamais cessé de raconter.

 

Sources

Patrimoine Nouvelle-Aquitaine, SHAAPB (Société Historique et Archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch), Wikidata, diveintheworld.fr, mavieengazelle.fr, bassindarcachon.com, arcachon-nostalgie.com, marinellebaladesphotos.fr, artmajeur.com (Cécile Labossière), man8rove.com.

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