L'écrivain était monté à bord pour écrire la fin de son roman. Quelqu'un a décidé d'écrire la sienne.
Cette semaine, je suis parti en Sardaigne. Sans quitter mon fauteuil.
Ma destination : une croisière littéraire imaginée par Piergiorgio Pulixi dans son roman « Si les chats pouvaient parler ».
Au programme : des écrivains, des éditeurs, quelques célébrités, deux chats et un assassinat.
Un fort joli voyage. Même si, vous allez le voir, j'ai parfois trouvé le service un peu long.
Une croisière littéraire qui tourne au vinaigre
À Cagliari, Marzio Montecristo tient une librairie spécialisée dans les romans policiers, « Les Chats Noirs ».
Un libraire comme je les aime dans les romans : cultivé, passionné, sarcastique et doté d'un sens commercial proche de celui d'un douanier soviétique.
Sa boutique connaît des difficultés financières. Aussi, lorsqu'on lui propose de devenir le libraire officiel d'une croisière littéraire autour de la Sardaigne, il finit par accepter.
La vedette du voyage s'appelle Aristide Galeazzo, un auteur de polars immensément populaire qui doit achever son prochain roman à bord, sous les yeux de ses admirateurs.
Marzio embarque avec son ami, l'inspecteur Caruso, et ses deux chats baptisés Poirot et Miss Marple. On ne saurait mieux annoncer la couleur.
Évidemment, un meurtre est commis.
Le bateau devient alors un huis clos. Quelque part en Méditerranée, un assassin se trouve parmi les passagers.
Et notre libraire, qui a passé sa vie à lire des enquêtes criminelles, va devoir démontrer que toute cette littérature peut avoir une utilité pratique.
Agatha Christie aurait apprécié. Probablement.
Piergiorgio Pulixi est un écrivain sarde né en 1982, connu pour ses romans noirs, notamment « L'Île des âmes ».
Avec « Si les chats pouvaient parler », deuxième aventure de Marzio Montecristo après « La Librairie des chats noirs », il s'amuse dans un registre beaucoup plus léger : celui du roman policier à énigme.
L'hommage à Agatha Christie et à son célèbre « Mort sur le Nil » est évident. Et parfaitement assumé.
On retrouve le plaisir de ces enquêtes où chaque personnage possède un secret, où les apparences ne valent pas grand-chose et où l'assassin semble toujours avoir une longueur d'avance.
Mais ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est l'amour de Pulixi pour la littérature policière.
Les références aux grands auteurs du genre se succèdent, des classiques britanniques aux maîtres du roman noir. Elles donnent envie de ressortir quelques livres oubliés de sa bibliothèque.
Et puis il y a Marzio.
Un personnage délicieusement désagréable, qui semble avoir compris depuis longtemps que les livres sont souvent d'une compagnie plus recommandable que les humains.
Je confesse avoir une certaine sympathie pour cette philosophie.
Un petit jeu de massacre dans le monde littéraire
C'est probablement l'aspect du roman qui m'a le plus amusé.
Pulixi nous emmène dans les coulisses d'un univers que l'on imagine volontiers peuplé de gens délicats, cultivés et désintéressés.
Quelle touchante naïveté !
Entre les vanités d'auteurs, les intérêts financiers, les ambitions personnelles et les petites manipulations, le monde de l'édition ressemble ici à bien d'autres milieux professionnels.
La littérature est une passion. C'est également un commerce.
Et lorsqu'un écrivain devient une véritable entreprise, sa célébrité peut finir par intéresser davantage son entourage que ses livres.
Pulixi aborde ces questions avec une ironie réjouissante.
Derrière cette comédie humaine, il y a des sujets assez universels : l'argent, le pouvoir, la jalousie, la trahison et cette extraordinaire capacité qu'ont les hommes à se raconter des histoires pour justifier leurs actes.
Un bonbon acidulé, mais pas un festin
Voici maintenant mon petit bémol.
J'ai pris plaisir à lire ce roman. Son humour fonctionne, son univers est agréable et ses personnages possèdent suffisamment de relief pour que l'on ait envie de les retrouver.
Seulement, l'enquête met du temps à véritablement démarrer.
Pulixi installe longuement son décor et ses protagonistes avant de laisser le crime occuper le premier plan. Le meurtre est annoncé dès le début, mais il faut patienter pour que l'investigation prenne réellement son envol.
J'ai apprécié la traversée. J'attendais tout de même le repas.
L'intrigue criminelle reste assez classique, malgré quelques bonnes idées. Les personnages secondaires auraient parfois mérité davantage de profondeur et le suspense manque, à mon goût, de cette intensité qui rend certains polars impossibles à refermer.
Il y a du savoir-faire, incontestablement. Mais peu de véritables surprises.
Finalement, ce roman m'a fait penser à ces bonbons acidulés que l'on déguste avec plaisir : ils ont du goût, piquent parfois agréablement la langue, puis leur saveur disparaît.
Alors, faut-il embarquer ?
Oui, surtout si vous aimez Agatha Christie, les librairies, l'humour légèrement caustique et ces enquêtes où l'intelligence compte davantage que les revolvers.
C'est une lecture idéale pour une journée d'automne sur le Bassin d'Arcachon, lorsque le vent vous invite à rester à l'intérieur avec un bon livre.
J'ai passé quelques heures très agréables en compagnie de Marzio Montecristo et de ses deux chats. Je serais même assez heureux de les retrouver dans une prochaine aventure.
Mais je ne placerai pas « Si les chats pouvaient parler » parmi les romans policiers qui m'ont profondément marqué.
Il possède le charme des voyages dont on revient de bonne humeur, sans avoir nécessairement vécu quelque chose d'inoubliable.
Et puisque nous parlons de chats, je dirais que ce roman ronronne avec beaucoup d'élégance.
J'aurais simplement aimé qu'il sorte un peu plus souvent les griffes.
« Si les chats pouvaient parler » – Piergiorgio Pulixi. Éditions Gallmeister. Traduction de l'italien par Anatole Pons-Reumaux.