Les frères Pereire
Le 25 juillet 1857, les rails s’arrêtent enfin à Arcachon.
Le train venu de Bordeaux peut désormais pousser au-delà de La Teste et déposer ses voyageurs presque au bord du Bassin. Quelques kilomètres séparent les deux villes. Sur une carte, la distance paraît modeste. Au milieu du XIXe siècle, c’est un pas de géant.
Il importe finalement assez peu de savoir si Émile Pereire se trouve sur le quai ce jour-là. Les archives consultées ne permettent pas de l’affirmer. Son idée, elle, est bien présente. Elle est là, sous les roues de la locomotive, dans les traverses, le ballast, le fer chauffé par le soleil de juillet.
Depuis seize ans, le chemin de fer s’arrêtait à La Teste.
Désormais, il va jusqu’à Arcachon.
À cette date, le lieu n’est déjà plus le désert que l’on présente parfois pour embellir la légende.
Dès 1823, François Legallais y a installé un établissement de bains de mer. Des hôtels et des villas ont suivi. Des Bordelais aisés connaissent les plages, des malades viennent respirer l’air marin, et Arcachon vient même d’obtenir, le 2 mai 1857, son indépendance vis-à-vis de La Teste par décret de Napoléon III.
Les Pereire n’ont donc pas découvert Arcachon.
Ils vont faire quelque chose de plus subtil et, peut-être, de plus considérable : changer son échelle.
Pour comprendre comment deux hommes peuvent regarder une petite station balnéaire girondine et imaginer derrière elle une entreprise capable d’attirer l’Europe entière, il faut quitter le Bassin, remonter trente-cinq ans en arrière et suivre un jeune Bordelais qui arrive à Paris avec beaucoup moins d’argent que d’idées.
Car l’histoire des Pereire n’est pas d’abord une histoire d’Arcachon.
C’est l’histoire de deux frères qui ont passé leur vie à combattre la distance.
Le train venu de Bordeaux peut désormais pousser au-delà de La Teste et déposer ses voyageurs presque au bord du Bassin. Quelques kilomètres séparent les deux villes. Sur une carte, la distance paraît modeste. Au milieu du XIXe siècle, c’est un pas de géant.
Il importe finalement assez peu de savoir si Émile Pereire se trouve sur le quai ce jour-là. Les archives consultées ne permettent pas de l’affirmer. Son idée, elle, est bien présente. Elle est là, sous les roues de la locomotive, dans les traverses, le ballast, le fer chauffé par le soleil de juillet.
Depuis seize ans, le chemin de fer s’arrêtait à La Teste.
Désormais, il va jusqu’à Arcachon.
À cette date, le lieu n’est déjà plus le désert que l’on présente parfois pour embellir la légende.
Dès 1823, François Legallais y a installé un établissement de bains de mer. Des hôtels et des villas ont suivi. Des Bordelais aisés connaissent les plages, des malades viennent respirer l’air marin, et Arcachon vient même d’obtenir, le 2 mai 1857, son indépendance vis-à-vis de La Teste par décret de Napoléon III.
Les Pereire n’ont donc pas découvert Arcachon.
Ils vont faire quelque chose de plus subtil et, peut-être, de plus considérable : changer son échelle.
Pour comprendre comment deux hommes peuvent regarder une petite station balnéaire girondine et imaginer derrière elle une entreprise capable d’attirer l’Europe entière, il faut quitter le Bassin, remonter trente-cinq ans en arrière et suivre un jeune Bordelais qui arrive à Paris avec beaucoup moins d’argent que d’idées.
Car l’histoire des Pereire n’est pas d’abord une histoire d’Arcachon.
C’est l’histoire de deux frères qui ont passé leur vie à combattre la distance.
I. Le fils de la veuve
Les frères Pereire étaient des disciples de Saint Simon
Émile Pereire a vingt et un ans lorsqu’il quitte Bordeaux pour Paris en 1822.
Son père ne l’accompagnera pas.
Isaac Rodrigues-Pereire, courtier et assureur maritime bordelais, est mort en 1806, l’année même de la naissance de son second fils, Isaac.
Rebecca Lopes-Fonseca a élevé seule ses enfants.
La famille possède toutefois un nom et une histoire. Leur grand-père, Jacob Rodrigues Pereira, issu d’une famille juive séfarade portugaise, s’était installé en France au XVIIIe siècle. Mathématicien, spécialiste de l’éducation des sourds et muets, il avait même été interprète de Louis XV.
Émile arrive donc à Paris sans partir de rien. Un oncle, Isaac Rodrigues-Henriques, l’accueille dans sa banque et lui enseigne le métier. L’année suivante, Isaac rejoint son frère. Ils ont respectivement vingt-deux et dix-sept ans.
La banque leur apprend à compter.
Paris va leur apprendre à rêver.
La capitale bruisse alors d’idées nouvelles. La révolution industrielle commence à modifier la manière de produire, de commercer, de voyager. Autour des disciples de Saint-Simon circule une conviction fascinante : l’industrie, la science, les ingénieurs et le crédit peuvent réorganiser la société.
Émile fréquente ce mouvement jusqu’en 1831.
Il y puisera une conception du monde qu’il ne quittera jamais vraiment. L’argent immobile lui paraît presque inutile. Le capital doit circuler, irriguer les entreprises, permettre la construction des routes, des usines, des villes et surtout des chemins de fer.
Les deux frères reprendront une devise de Saint-Simon : « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres. »
Cette croyance contient déjà toute leur histoire.
Leur grandeur future.
Et leur chute…
Son père ne l’accompagnera pas.
Isaac Rodrigues-Pereire, courtier et assureur maritime bordelais, est mort en 1806, l’année même de la naissance de son second fils, Isaac.
Rebecca Lopes-Fonseca a élevé seule ses enfants.
La famille possède toutefois un nom et une histoire. Leur grand-père, Jacob Rodrigues Pereira, issu d’une famille juive séfarade portugaise, s’était installé en France au XVIIIe siècle. Mathématicien, spécialiste de l’éducation des sourds et muets, il avait même été interprète de Louis XV.
Émile arrive donc à Paris sans partir de rien. Un oncle, Isaac Rodrigues-Henriques, l’accueille dans sa banque et lui enseigne le métier. L’année suivante, Isaac rejoint son frère. Ils ont respectivement vingt-deux et dix-sept ans.
La banque leur apprend à compter.
Paris va leur apprendre à rêver.
La capitale bruisse alors d’idées nouvelles. La révolution industrielle commence à modifier la manière de produire, de commercer, de voyager. Autour des disciples de Saint-Simon circule une conviction fascinante : l’industrie, la science, les ingénieurs et le crédit peuvent réorganiser la société.
Émile fréquente ce mouvement jusqu’en 1831.
Il y puisera une conception du monde qu’il ne quittera jamais vraiment. L’argent immobile lui paraît presque inutile. Le capital doit circuler, irriguer les entreprises, permettre la construction des routes, des usines, des villes et surtout des chemins de fer.
Les deux frères reprendront une devise de Saint-Simon : « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres. »
Cette croyance contient déjà toute leur histoire.
Leur grandeur future.
Et leur chute…
II. Une machine vient de réduire la France
Au début des années 1830, le chemin de fer français tient encore davantage de l'expérience que de l'évidence. La locomotive effraie autant qu’elle fascine. On discute de sa sécurité, de son coût, de son utilité réelle.
Les Pereire voient autre chose.
Une ligne de chemin de fer modifie la géographie sans déplacer une montagne ni combler une vallée.
Elle rapproche simplement deux points jusqu’alors séparés par des heures de voyage, et ce faisant change la valeur de tout ce qui se trouve autour.
Une terre inaccessible peut acquérir soudain un marché.
Une banlieue devient habitable.
Une station devient touristique.
Une ville éloignée entre dans l’orbite d’une capitale.
En 1835, les frères Pereire fondent avec Adolphe d’Eichthal, et avec le soutien financier de James de Rothschild, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain.
La ligne ouvre en 1837.
Les deux Bordelais viennent d’entrer dans le siècle par sa porte la plus moderne.
Ils ont trouvé leur instrument.
Le reste va prendre des proportions extraordinaires.
Leurs affaires s’étendent aux chemins de fer français et étrangers, aux assurances, aux mines, à l’immobilier.
Ils créent en 1852 le Crédit mobilier, une banque conçue pour orienter l’épargne vers les grandes entreprises industrielles.
Trois ans plus tard apparaît la Compagnie Générale Maritime, future Compagnie générale transatlantique.
Les besoins de cette dernière les conduiront jusqu’aux chantiers navals de Saint-Nazaire.
À Paris, ils participent aux transformations immobilières du Second Empire et travaillent autour du parc Monceau.
À mesure que leur empire grandit, leur ancienne alliance avec les Rothschild devient rivalité.
Deux conceptions de la banque s’affrontent.
James de Rothschild appartient au monde de la grande banque familiale, prudente avec son propre capital. Les Pereire croient davantage à la mobilisation de l’épargne, au crédit et à l’effet de levier permettant de financer des projets gigantesques.
Les chiffres deviennent vertigineux.
Pourtant, derrière les opérations financières européennes, les deux frères n’ont jamais complètement quitté le Sud-Ouest.
Et c’est là qu’une affaire beaucoup plus petite va bientôt les intéresser.
Un chemin de fer qui s’arrête trop tôt..
Les Pereire voient autre chose.
Une ligne de chemin de fer modifie la géographie sans déplacer une montagne ni combler une vallée.
Elle rapproche simplement deux points jusqu’alors séparés par des heures de voyage, et ce faisant change la valeur de tout ce qui se trouve autour.
Une terre inaccessible peut acquérir soudain un marché.
Une banlieue devient habitable.
Une station devient touristique.
Une ville éloignée entre dans l’orbite d’une capitale.
En 1835, les frères Pereire fondent avec Adolphe d’Eichthal, et avec le soutien financier de James de Rothschild, la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain.
La ligne ouvre en 1837.
Les deux Bordelais viennent d’entrer dans le siècle par sa porte la plus moderne.
Ils ont trouvé leur instrument.
Le reste va prendre des proportions extraordinaires.
Leurs affaires s’étendent aux chemins de fer français et étrangers, aux assurances, aux mines, à l’immobilier.
Ils créent en 1852 le Crédit mobilier, une banque conçue pour orienter l’épargne vers les grandes entreprises industrielles.
Trois ans plus tard apparaît la Compagnie Générale Maritime, future Compagnie générale transatlantique.
Les besoins de cette dernière les conduiront jusqu’aux chantiers navals de Saint-Nazaire.
À Paris, ils participent aux transformations immobilières du Second Empire et travaillent autour du parc Monceau.
À mesure que leur empire grandit, leur ancienne alliance avec les Rothschild devient rivalité.
Deux conceptions de la banque s’affrontent.
James de Rothschild appartient au monde de la grande banque familiale, prudente avec son propre capital. Les Pereire croient davantage à la mobilisation de l’épargne, au crédit et à l’effet de levier permettant de financer des projets gigantesques.
Les chiffres deviennent vertigineux.
Pourtant, derrière les opérations financières européennes, les deux frères n’ont jamais complètement quitté le Sud-Ouest.
Et c’est là qu’une affaire beaucoup plus petite va bientôt les intéresser.
Un chemin de fer qui s’arrête trop tôt..
III. Le problème d’Arcachon
Depuis 1841, Bordeaux est reliée par le train à La Teste.
L’entreprise qui exploite la ligne connaît cependant des difficultés.
Les Pereire prennent progressivement son contrôle et l’intègrent à leur stratégie ferroviaire dans le Sud-Ouest.
La Compagnie du Midi se développe ; les rails partent vers Bayonne et, en 1857, les derniers kilomètres sont enfin posés entre La Teste et Arcachon.
Le résultat est immédiatement prometteur pendant l’été.
Les Bordelais peuvent rejoindre plus facilement la mer.
Les bains sont à la mode.
Les familles aisées possèdent ou louent des villas.
Les voyageurs arrivent.
Puis septembre passe.
Octobre.
Novembre.
Et les trains se vident.
Voilà le problème qui va donner naissance à l’une des plus étonnantes opérations immobilières du XIXe siècle girondin.
Émile Pereire possède une infrastructure coûteuse qui fonctionne admirablement lorsque le soleil attire les baigneurs et beaucoup moins lorsque l’hiver arrive.
Un chemin de fer, cependant, ne cesse pas de coûter de l’argent parce que les vacanciers ont rangé leurs ombrelles.
Il faut donc inventer une raison de venir à Arcachon en décembre.
Jusqu’alors, les Pereire avaient rapproché les hommes des lieux où ils souhaitaient déjà aller.
À Arcachon, ils vont tenter de fabriquer le désir lui-même.
L’entreprise qui exploite la ligne connaît cependant des difficultés.
Les Pereire prennent progressivement son contrôle et l’intègrent à leur stratégie ferroviaire dans le Sud-Ouest.
La Compagnie du Midi se développe ; les rails partent vers Bayonne et, en 1857, les derniers kilomètres sont enfin posés entre La Teste et Arcachon.
Le résultat est immédiatement prometteur pendant l’été.
Les Bordelais peuvent rejoindre plus facilement la mer.
Les bains sont à la mode.
Les familles aisées possèdent ou louent des villas.
Les voyageurs arrivent.
Puis septembre passe.
Octobre.
Novembre.
Et les trains se vident.
Voilà le problème qui va donner naissance à l’une des plus étonnantes opérations immobilières du XIXe siècle girondin.
Émile Pereire possède une infrastructure coûteuse qui fonctionne admirablement lorsque le soleil attire les baigneurs et beaucoup moins lorsque l’hiver arrive.
Un chemin de fer, cependant, ne cesse pas de coûter de l’argent parce que les vacanciers ont rangé leurs ombrelles.
Il faut donc inventer une raison de venir à Arcachon en décembre.
Jusqu’alors, les Pereire avaient rapproché les hommes des lieux où ils souhaitaient déjà aller.
À Arcachon, ils vont tenter de fabriquer le désir lui-même.
IV. La maladie qui ouvrit l’hiver
Au XIXe siècle, la tuberculose est partout.
On l’appelle encore souvent la phtisie.
Avant les antibiotiques, la médecine dispose de peu d’armes efficaces contre elle.
On recommande le repos, une alimentation fortifiante, certains climats, l’air de la montagne ou celui de la mer.
Arcachon possède déjà une réputation sanitaire.
Des malades appartenant à l’aristocratie viennent y séjourner bien avant la création de la Ville d’Hiver.
Un médecin apparenté aux Pereire, le docteur Pereira, s’intéresse également au climat local.
À l’époque, des médecins attribuent à l’air marin mêlé aux émanations des pins des propriétés favorables aux malades et considèrent que la forêt atténue les vents océaniques.
Il s’agit naturellement des conceptions médicales du XIXe siècle, et non de connaissances que l’on présenterait aujourd’hui de la même manière.
Émile Pereire entrevoit alors une solution d’une élégance économique presque parfaite.
L’été appartient aux baigneurs.
L’hiver appartiendra aux malades.
Le train pourra fonctionner toute l’année.
Encore faut-il construire l’endroit où ces nouveaux voyageurs séjourneront.
Les hauteurs boisées situées au sud de la ville offrent ce que recherche le projet : des pins, un relief dunaire, une exposition favorable, une certaine protection contre les vents.
À partir de 1861 et surtout après l’acquisition de terrains en 1862, une véritable cité commence à se dessiner sur la dune de Peymaou.
Son nom contient tout le programme.
La Ville d’Hiver.
On l’appelle encore souvent la phtisie.
Avant les antibiotiques, la médecine dispose de peu d’armes efficaces contre elle.
On recommande le repos, une alimentation fortifiante, certains climats, l’air de la montagne ou celui de la mer.
Arcachon possède déjà une réputation sanitaire.
Des malades appartenant à l’aristocratie viennent y séjourner bien avant la création de la Ville d’Hiver.
Un médecin apparenté aux Pereire, le docteur Pereira, s’intéresse également au climat local.
À l’époque, des médecins attribuent à l’air marin mêlé aux émanations des pins des propriétés favorables aux malades et considèrent que la forêt atténue les vents océaniques.
Il s’agit naturellement des conceptions médicales du XIXe siècle, et non de connaissances que l’on présenterait aujourd’hui de la même manière.
Émile Pereire entrevoit alors une solution d’une élégance économique presque parfaite.
L’été appartient aux baigneurs.
L’hiver appartiendra aux malades.
Le train pourra fonctionner toute l’année.
Encore faut-il construire l’endroit où ces nouveaux voyageurs séjourneront.
Les hauteurs boisées situées au sud de la ville offrent ce que recherche le projet : des pins, un relief dunaire, une exposition favorable, une certaine protection contre les vents.
À partir de 1861 et surtout après l’acquisition de terrains en 1862, une véritable cité commence à se dessiner sur la dune de Peymaou.
Son nom contient tout le programme.
La Ville d’Hiver.
V. Construire une ville comme on construit un remède
Il faut aujourd’hui parcourir la Ville d’Hiver à pied pour comprendre ce que les Pereire et leurs collaborateurs ont tenté.
Les rues refusent obstinément la ligne droite.
Elles montent, tournent, disparaissent derrière les arbres, contournent le relief.
Le voyageur qui voudrait traverser le quartier comme un damier parisien doit se rendre à l’évidence : ici, l’urbanisme a choisi le détour.
Ce dessin possède une fonction.
Les voies courbes sont conçues notamment pour limiter les couloirs de vent.
La végétation est intégrée au dispositif.
Les maisons doivent profiter de la lumière et de l’abri des pins.
Le projet tout entier ressemble à une immense expérience dans laquelle architecture, climat, médecine et immobilier se rencontrent.
Paul Régnauld, neveu d’Émile Pereire et polytechnicien, dirige les travaux sur place.
Les villas présentent des apparences très diverses, empruntant volontiers aux chalets suisses, au néogothique, aux décors mauresques et aux fantaisies du Second Empire.
Derrière cette variété pittoresque se cache pourtant une méthode de construction beaucoup plus rationnelle, utilisant largement des plans reproductibles et des éléments préfabriqués.
Les Pereire savent vendre du rêve avec des méthodes d’industriels.
En 1863, la Ville d’Hiver compte déjà quarante-trois villas.
Un parc paysager accompagne le lotissement.
Le Casino Mauresque, bientôt dressé au-dessus de la ville, fournira au quartier son palais de plaisir.
Les malades viennent avec leur famille, parfois avec leurs domestiques.
Les hôtels complètent les résidences particulières.
Napoléon III visite Arcachon à deux reprises, et la présence impériale participe à la réputation du lieu.
Quelque chose d’inattendu se produit alors.
Le quartier imaginé pour les malades attire les bien-portants.
La promesse thérapeutique a créé un lieu désirable au-delà de sa fonction première.
On vient pour le climat, puis pour la sociabilité, les villas, le prestige, les promenades, le spectacle du Bassin. La clientèle s’internationalise. La station qui devait simplement permettre de remplir les trains en hiver devient un monde.
Le chemin de fer apporte les voyageurs.
L’immobilier les loge.
La médecine fournit le récit qui justifie le voyage en hiver.
Le paysage donne au récit sa crédibilité.
Les divertissements prolongent le séjour.
La notoriété attire une nouvelle clientèle, laquelle augmente la valeur des terrains et remplit davantage les trains.
Chaque élément nourrit le suivant.
Les Pereire viennent de construire une boucle économique complète au milieu des pins.
Les rues refusent obstinément la ligne droite.
Elles montent, tournent, disparaissent derrière les arbres, contournent le relief.
Le voyageur qui voudrait traverser le quartier comme un damier parisien doit se rendre à l’évidence : ici, l’urbanisme a choisi le détour.
Ce dessin possède une fonction.
Les voies courbes sont conçues notamment pour limiter les couloirs de vent.
La végétation est intégrée au dispositif.
Les maisons doivent profiter de la lumière et de l’abri des pins.
Le projet tout entier ressemble à une immense expérience dans laquelle architecture, climat, médecine et immobilier se rencontrent.
Paul Régnauld, neveu d’Émile Pereire et polytechnicien, dirige les travaux sur place.
Les villas présentent des apparences très diverses, empruntant volontiers aux chalets suisses, au néogothique, aux décors mauresques et aux fantaisies du Second Empire.
Derrière cette variété pittoresque se cache pourtant une méthode de construction beaucoup plus rationnelle, utilisant largement des plans reproductibles et des éléments préfabriqués.
Les Pereire savent vendre du rêve avec des méthodes d’industriels.
En 1863, la Ville d’Hiver compte déjà quarante-trois villas.
Un parc paysager accompagne le lotissement.
Le Casino Mauresque, bientôt dressé au-dessus de la ville, fournira au quartier son palais de plaisir.
Les malades viennent avec leur famille, parfois avec leurs domestiques.
Les hôtels complètent les résidences particulières.
Napoléon III visite Arcachon à deux reprises, et la présence impériale participe à la réputation du lieu.
Quelque chose d’inattendu se produit alors.
Le quartier imaginé pour les malades attire les bien-portants.
La promesse thérapeutique a créé un lieu désirable au-delà de sa fonction première.
On vient pour le climat, puis pour la sociabilité, les villas, le prestige, les promenades, le spectacle du Bassin. La clientèle s’internationalise. La station qui devait simplement permettre de remplir les trains en hiver devient un monde.
Le chemin de fer apporte les voyageurs.
L’immobilier les loge.
La médecine fournit le récit qui justifie le voyage en hiver.
Le paysage donne au récit sa crédibilité.
Les divertissements prolongent le séjour.
La notoriété attire une nouvelle clientèle, laquelle augmente la valeur des terrains et remplit davantage les trains.
Chaque élément nourrit le suivant.
Les Pereire viennent de construire une boucle économique complète au milieu des pins.
VI. Derrière les pins, un autre paysage fabriqué
Il existe cependant une autre conséquence de leur présence dans le Sud-Ouest, moins visible lorsque l’on contemple les villas de la Ville d’Hiver.
La forêt elle-même.
L’image contemporaine du Bassin d’Arcachon semble indissociable du pin maritime.
À force de le voir border les routes, couvrir les dunes et entourer les maisons, on pourrait croire ce paysage éternel.
Il ne l’est pas.
Au XIXe siècle, une partie considérable des Landes de Gascogne se compose encore de landes humides.
La loi de 1857 relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes impose aux communes de grands travaux de drainage et de boisement.
Les Pereire participent activement à cette transformation. Ils financent des routes agricoles, assainissent des terres et font ensemencer plus de 13 000 hectares qui formeront notamment les domaines de Marcheprime, Croix-d’Hinx et Caudos.
Le pin devient ressource économique : bois, résine, valorisation foncière.
Il devient aussi paysage.
Cette histoire oblige à regarder différemment ce que l’on appelle aujourd’hui « nature » autour du Bassin.
Une partie du décor qui semble le plus immémorial est également le résultat d’une gigantesque opération d’aménagement du territoire.
Les Pereire n’ont évidemment ni décidé seuls ni réalisé seuls cette transformation des Landes. Ils s’inscrivent dans un mouvement politique, industriel et agricole beaucoup plus vaste.
Mais leur empreinte est considérable.
À Arcachon, ils ont façonné une ville dans la forêt.
Autour d’Arcachon, ils ont également participé à façonner la forêt elle-même.
La forêt elle-même.
L’image contemporaine du Bassin d’Arcachon semble indissociable du pin maritime.
À force de le voir border les routes, couvrir les dunes et entourer les maisons, on pourrait croire ce paysage éternel.
Il ne l’est pas.
Au XIXe siècle, une partie considérable des Landes de Gascogne se compose encore de landes humides.
La loi de 1857 relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes impose aux communes de grands travaux de drainage et de boisement.
Les Pereire participent activement à cette transformation. Ils financent des routes agricoles, assainissent des terres et font ensemencer plus de 13 000 hectares qui formeront notamment les domaines de Marcheprime, Croix-d’Hinx et Caudos.
Le pin devient ressource économique : bois, résine, valorisation foncière.
Il devient aussi paysage.
Cette histoire oblige à regarder différemment ce que l’on appelle aujourd’hui « nature » autour du Bassin.
Une partie du décor qui semble le plus immémorial est également le résultat d’une gigantesque opération d’aménagement du territoire.
Les Pereire n’ont évidemment ni décidé seuls ni réalisé seuls cette transformation des Landes. Ils s’inscrivent dans un mouvement politique, industriel et agricole beaucoup plus vaste.
Mais leur empreinte est considérable.
À Arcachon, ils ont façonné une ville dans la forêt.
Autour d’Arcachon, ils ont également participé à façonner la forêt elle-même.
VII. Le sommet
Au début des années 1860, il devient difficile de mesurer l’étendue de ce que les deux garçons élevés par une veuve bordelaise ont construit en moins de quarante ans.
Ils financent des chemins de fer en France et à l’étranger.
Ils possèdent une banque devenue l’un des symboles du capitalisme du Second Empire.
Ils sont présents dans le transport maritime, l’assurance, l’immobilier, les mines, les grands travaux.
Leurs opérations accompagnent la transformation de Paris.
Leur Compagnie du Midi structure une partie du réseau ferroviaire du Sud-Ouest.
Émile est élu député de la Gironde en 1863 ; Isaac entre lui aussi au Corps législatif.
Le monde semble confirmer leur intuition de jeunesse.
Le capital circule.
Les distances diminuent.
Les villes s’étendent.
Les rails avancent.
Et Arcachon prospère.
Il existe pourtant, dans presque toutes les grandes réussites, un instant dangereux où la méthode qui vous a permis d’arriver au sommet commence à vous persuader qu’elle fonctionnera éternellement.
Pour les Pereire, cet instant dure quelques années.
Ils financent des chemins de fer en France et à l’étranger.
Ils possèdent une banque devenue l’un des symboles du capitalisme du Second Empire.
Ils sont présents dans le transport maritime, l’assurance, l’immobilier, les mines, les grands travaux.
Leurs opérations accompagnent la transformation de Paris.
Leur Compagnie du Midi structure une partie du réseau ferroviaire du Sud-Ouest.
Émile est élu député de la Gironde en 1863 ; Isaac entre lui aussi au Corps législatif.
Le monde semble confirmer leur intuition de jeunesse.
Le capital circule.
Les distances diminuent.
Les villes s’étendent.
Les rails avancent.
Et Arcachon prospère.
Il existe pourtant, dans presque toutes les grandes réussites, un instant dangereux où la méthode qui vous a permis d’arriver au sommet commence à vous persuader qu’elle fonctionnera éternellement.
Pour les Pereire, cet instant dure quelques années.
VIII. 1867
Leur système exige du mouvement.
Toujours davantage d’opérations, de capitaux, de projets, de confiance.
Tant que la machine tourne, sa puissance paraît prodigieuse.
Lorsqu’elle ralentit, sa fragilité apparaît.
Les difficultés de la Compagnie immobilière fragilisent le Crédit mobilier. Le rapport de force avec les grandes banques et la Banque de France se durcit.
En septembre 1867, Émile et Isaac quittent la direction de l’établissement qu’ils avaient fondé quinze ans plus tôt.
En octobre, le Crédit mobilier s’effondre.
Il serait tentant d’y voir une morale parfaite : deux hommes voulurent aller trop vite et furent punis par leur démesure.
L’histoire est moins obligeante avec les belles conclusions.
Les Pereire ne disparaissent pas.
Leur famille conserve des intérêts considérables.
Émile poursuit notamment son activité politique jusqu’en 1869.
Isaac continuera pendant des années à gérer les conséquences de leurs anciennes entreprises et à écrire sur les questions économiques et sociales.
Émile meurt en 1875.
Isaac, devenu aveugle en 1870, lui survit jusqu’en 1880.
Leur empire financier a perdu la bataille.
Arcachon, elle, continue.
C’est peut-être le paradoxe de cette histoire.
La fortune qui paraissait solide s’est révélée fragile.
Le rêve immobilier, lui, s’est transformé en patrimoine.
Toujours davantage d’opérations, de capitaux, de projets, de confiance.
Tant que la machine tourne, sa puissance paraît prodigieuse.
Lorsqu’elle ralentit, sa fragilité apparaît.
Les difficultés de la Compagnie immobilière fragilisent le Crédit mobilier. Le rapport de force avec les grandes banques et la Banque de France se durcit.
En septembre 1867, Émile et Isaac quittent la direction de l’établissement qu’ils avaient fondé quinze ans plus tôt.
En octobre, le Crédit mobilier s’effondre.
Il serait tentant d’y voir une morale parfaite : deux hommes voulurent aller trop vite et furent punis par leur démesure.
L’histoire est moins obligeante avec les belles conclusions.
Les Pereire ne disparaissent pas.
Leur famille conserve des intérêts considérables.
Émile poursuit notamment son activité politique jusqu’en 1869.
Isaac continuera pendant des années à gérer les conséquences de leurs anciennes entreprises et à écrire sur les questions économiques et sociales.
Émile meurt en 1875.
Isaac, devenu aveugle en 1870, lui survit jusqu’en 1880.
Leur empire financier a perdu la bataille.
Arcachon, elle, continue.
C’est peut-être le paradoxe de cette histoire.
La fortune qui paraissait solide s’est révélée fragile.
Le rêve immobilier, lui, s’est transformé en patrimoine.
IX. Ce que les Pereire ont réellement changé sur le Bassin
La piscine de l'Hôtel Ville d'Hiver à Arcachon est installée dans l'ancienne cuve souterraine et à ciel ouvert d'une usine de traitement des eaux du XIXe siècle
Il suffit aujourd’hui de monter depuis la ville basse vers les allées de la Ville d’Hiver.
Le train arrive toujours à Arcachon.
Les rues continuent de suivre leurs courbes singulières.
Les villas portent des noms, des tourelles, des balcons de bois, des vérandas et toute l’exubérance architecturale d’un siècle persuadé que le progrès pouvait se permettre un peu de fantaisie.
Le Casino Mauresque a disparu, détruit par un incendie en 1977, mais le parc reste suspendu au-dessus de la ville.
Et les pins sont toujours là.
Pourtant, si l’on cherche vraiment l’héritage des Pereire, il faut regarder plus loin que les bâtiments.
Ils ont changé la relation entre Bordeaux et le Bassin.
En prolongeant le chemin de fer, ils ont comprimé la distance.
En développant la Ville d’Hiver, ils ont brisé la saisonnalité d’une station essentiellement estivale.
En associant transport, immobilier, santé et loisirs, ils ont participé à transformer Arcachon en destination nationale puis internationale.
En investissant massivement dans les Landes, ils ont également pris part à la mutation économique et paysagère de l’arrière-pays.
Mais leur empreinte la plus profonde est peut-être encore ailleurs.
Avant les Pereire, Arcachon possédait déjà la mer, les plages, l’air marin et les premiers visiteurs.
Ils n’ont inventé aucun de ces éléments.
Ils ont compris qu’ils pouvaient les relier.
C’est une nuance essentielle.
Parce que les Pereire n’étaient pas des magiciens transformant le néant en or. Ils étaient des hommes de systèmes. Ils regardaient une gare, une forêt, une maladie, des terrains, une clientèle et des capitaux, puis cherchaient comment faire circuler quelque chose entre chacun de ces éléments.
Des voyageurs.
De l’argent.
Des marchandises.
Du désir.
Toute leur vie tient dans cette obsession du mouvement.
Et c’est précisément ce qui rend leur passage sur le Bassin si extraordinaire : pendant quelques années, une petite ville girondine est devenue le laboratoire grandeur nature de leur conception du monde.
Le train arrive toujours à Arcachon.
Les rues continuent de suivre leurs courbes singulières.
Les villas portent des noms, des tourelles, des balcons de bois, des vérandas et toute l’exubérance architecturale d’un siècle persuadé que le progrès pouvait se permettre un peu de fantaisie.
Le Casino Mauresque a disparu, détruit par un incendie en 1977, mais le parc reste suspendu au-dessus de la ville.
Et les pins sont toujours là.
Pourtant, si l’on cherche vraiment l’héritage des Pereire, il faut regarder plus loin que les bâtiments.
Ils ont changé la relation entre Bordeaux et le Bassin.
En prolongeant le chemin de fer, ils ont comprimé la distance.
En développant la Ville d’Hiver, ils ont brisé la saisonnalité d’une station essentiellement estivale.
En associant transport, immobilier, santé et loisirs, ils ont participé à transformer Arcachon en destination nationale puis internationale.
En investissant massivement dans les Landes, ils ont également pris part à la mutation économique et paysagère de l’arrière-pays.
Mais leur empreinte la plus profonde est peut-être encore ailleurs.
Avant les Pereire, Arcachon possédait déjà la mer, les plages, l’air marin et les premiers visiteurs.
Ils n’ont inventé aucun de ces éléments.
Ils ont compris qu’ils pouvaient les relier.
C’est une nuance essentielle.
Parce que les Pereire n’étaient pas des magiciens transformant le néant en or. Ils étaient des hommes de systèmes. Ils regardaient une gare, une forêt, une maladie, des terrains, une clientèle et des capitaux, puis cherchaient comment faire circuler quelque chose entre chacun de ces éléments.
Des voyageurs.
De l’argent.
Des marchandises.
Du désir.
Toute leur vie tient dans cette obsession du mouvement.
Et c’est précisément ce qui rend leur passage sur le Bassin si extraordinaire : pendant quelques années, une petite ville girondine est devenue le laboratoire grandeur nature de leur conception du monde.
Épilogue
Arrivée du train à Arcachon
Le bout de la ligne Un siècle et demi plus tard, le train venant de Bordeaux ralentit toujours lorsqu’il approche d’Arcachon.
La forêt défile derrière les vitres.
Puis apparaissent les premières maisons, les rues, la gare et, au-delà, cette lumière particulière que produit le Bassin lorsque le ciel se reflète sur des kilomètres d’eau peu profonde.
Le voyageur descend.
Il ignore peut-être tout d’Émile et Isaac Pereire.
Il ne sait probablement pas qu’un jour de juillet 1857, l’arrivée du chemin de fer ici participait à une expérience économique beaucoup plus vaste. Il ne sait pas davantage que les rues sinueuses qu’il empruntera quelques heures plus tard furent dessinées pour protéger des malades du vent, ou que la forêt qu’il vient de traverser porte elle aussi la trace des grands bouleversements industriels du XIXe siècle.
Cela n’a aucune importance.
Les réussites les plus profondes finissent souvent par devenir invisibles.
On cesse de voir l’idée.
On ne voit plus que le monde qu’elle a produit.
Les Pereire avaient passé leur vie à vouloir raccourcir les distances. Ils avaient construit des banques pour rapprocher l’argent des projets, des bateaux pour rapprocher les continents, des rails pour rapprocher les villes.
À Arcachon, cette obsession rencontra un morceau de côte qui attendait précisément cela : qu’on le rapproche du monde.
Ils finirent par perdre une partie de l’empire qu’ils avaient bâti.
Mais le 25 juillet 1857, les rails avaient atteint Arcachon.
Et eux ne repartirent jamais tout à fait.
La forêt défile derrière les vitres.
Puis apparaissent les premières maisons, les rues, la gare et, au-delà, cette lumière particulière que produit le Bassin lorsque le ciel se reflète sur des kilomètres d’eau peu profonde.
Le voyageur descend.
Il ignore peut-être tout d’Émile et Isaac Pereire.
Il ne sait probablement pas qu’un jour de juillet 1857, l’arrivée du chemin de fer ici participait à une expérience économique beaucoup plus vaste. Il ne sait pas davantage que les rues sinueuses qu’il empruntera quelques heures plus tard furent dessinées pour protéger des malades du vent, ou que la forêt qu’il vient de traverser porte elle aussi la trace des grands bouleversements industriels du XIXe siècle.
Cela n’a aucune importance.
Les réussites les plus profondes finissent souvent par devenir invisibles.
On cesse de voir l’idée.
On ne voit plus que le monde qu’elle a produit.
Les Pereire avaient passé leur vie à vouloir raccourcir les distances. Ils avaient construit des banques pour rapprocher l’argent des projets, des bateaux pour rapprocher les continents, des rails pour rapprocher les villes.
À Arcachon, cette obsession rencontra un morceau de côte qui attendait précisément cela : qu’on le rapproche du monde.
Ils finirent par perdre une partie de l’empire qu’ils avaient bâti.
Mais le 25 juillet 1857, les rails avaient atteint Arcachon.
Et eux ne repartirent jamais tout à fait.
CHRONOLOGIE
Frise chronologique - Les frères Pereire et la transformation du Bassin d’Arcachon Date Événement Impact 3 décembre 1800 Naissance d’Émile Pereire à Bordeaux. Futur entrepreneur, financier et bâtisseur de grands projets industriels. 25 novembre 1806 Naissance d’Isaac Pereire à Bordeaux. Il rejoint son frère et forme avec lui l’un des grands duos économiques du Second Empire. 1822 Émile Pereire quitte Bordeaux pour Paris et entre dans le monde bancaire. Début de son ascension financière. 1823 François Legallais ouvre un établissement de bains de mer à Arcachon. Le territoire possède déjà une vocation balnéaire avant l’intervention des Pereire. 1835 Création de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain par Émile et Isaac Pereire avec leurs associés. Première grande réussite ferroviaire des frères Pereire. 1837 Ouverture de la ligne Paris-Saint-Germain. Le chemin de fer devient leur principal outil de transformation des territoires. 1841 Ouverture de la ligne Bordeaux-La Teste. Le Bassin d’Arcachon devient accessible depuis Bordeaux, mais le train s’arrête encore à La Teste. 1852 Création du Crédit mobilier et développement de la Compagnie du chemin de fer du Midi. Les Pereire disposent d’un outil financier et ferroviaire capable de soutenir leurs grandes ambitions. 1853 Les Pereire acquièrent de grands domaines forestiers dans les Landes, notamment autour de Marcheprime. Ils participent à la transformation économique et paysagère du massif forestier landais. 1855 Création de la Compagnie générale maritime (future Compagnie générale transatlantique). Leur empire dépasse le rail et s’étend au transport maritime. 2 mai 1857 Arcachon devient une commune indépendante par décret impérial. La ville acquiert une existence administrative propre. 25 juillet 1857 Le chemin de fer Bordeaux-La Teste est prolongé jusqu’à Arcachon. La distance avec Bordeaux disparaît. Arcachon change d’échelle et devient une véritable destination. 1857 Les Pereire cherchent à développer une station capable de fonctionner toute l’année. L’objectif est de remplir les trains même hors saison estivale. 10 octobre 1859 Première visite de Napoléon III à Arcachon. La présence impériale renforce le prestige de la station. 1861 Les acquisitions foncières permettent de lancer véritablement le projet de Ville d’Hiver. Le projet urbain prend forme sur les hauteurs d’Arcachon. 1862 Début de la construction de la Ville d’Hiver. Création d’un quartier conçu autour du climat, de la santé et du tourisme. 1862 Création de la Société immobilière destinée à développer les opérations foncières. Les Pereire appliquent leur modèle : transport + immobilier + attractivité. 1863 Développement majeur de la Ville d’Hiver et inauguration du Casino Mauresque. Arcachon devient un symbole du Second Empire et une station climatique reconnue. 1864 La Ville d’Hiver poursuit son expansion. La clientèle nationale et internationale augmente. 1867 Effondrement du Crédit mobilier. Émile et Isaac Pereire quittent la direction. Fin de leur domination financière, mais leur influence territoriale demeure. 1875 Mort d’Émile Pereire. Disparition du principal architecte de l’aventure industrielle. 1880 Mort d’Isaac Pereire. Fin de l’époque des deux frères. XXe siècle à aujourd’hui La Ville d’Hiver devient un patrimoine majeur d’Arcachon. L’héritage architectural, urbain et économique des Pereire reste inscrit dans le paysage du Bassin.
Les 5 grandes bascules narratives de leur histoire 1. 1835 : ils découvrent leur arme Le chemin de fer n’est pas seulement un moyen de transport. Il devient un outil capable de modifier la géographie et de créer de nouveaux territoires. 2. 1852 : ils découvrent leur puissance Avec le Crédit mobilier et la Compagnie du Midi, les frères Pereire disposent enfin des moyens financiers nécessaires pour transformer leurs idées en réalité. 3. 1857 : ils rencontrent Arcachon Le train arrive jusqu’au Bassin. Mais une nouvelle question apparaît : comment faire vivre une station balnéaire toute l’année ? 4. 1862-1863 : ils inventent la Ville d’Hiver Ils ne construisent pas seulement un quartier. Ils créent un nouveau modèle associant santé, architecture, tourisme et transport. 5. 1867 : leur propre système les rattrape La logique d’expansion permanente qui leur a permis de bâtir un empire industriel devient aussi la cause de leur fragilité financière.
Les 5 grandes bascules narratives de leur histoire 1. 1835 : ils découvrent leur arme Le chemin de fer n’est pas seulement un moyen de transport. Il devient un outil capable de modifier la géographie et de créer de nouveaux territoires. 2. 1852 : ils découvrent leur puissance Avec le Crédit mobilier et la Compagnie du Midi, les frères Pereire disposent enfin des moyens financiers nécessaires pour transformer leurs idées en réalité. 3. 1857 : ils rencontrent Arcachon Le train arrive jusqu’au Bassin. Mais une nouvelle question apparaît : comment faire vivre une station balnéaire toute l’année ? 4. 1862-1863 : ils inventent la Ville d’Hiver Ils ne construisent pas seulement un quartier. Ils créent un nouveau modèle associant santé, architecture, tourisme et transport. 5. 1867 : leur propre système les rattrape La logique d’expansion permanente qui leur a permis de bâtir un empire industriel devient aussi la cause de leur fragilité financière.
Pour aller plus loin : ressources expertes sur les frères Pereire et l’histoire d’Arcachon
Pour approfondir l’histoire des frères Pereire, de la création d’Arcachon et de la transformation du Bassin au XIXe siècle, voici une sélection de ressources historiques et institutionnelles. Ville d’Arcachon, Histoire et Patrimoine
La source institutionnelle de référence pour comprendre la création d’Arcachon, la Ville d’Hiver et l’évolution du territoire.
https://www.ville-arcachon.fr/histoire-patrimoine/ Arcachon Destination, la Ville d’Hiver
Une présentation du quartier historique, de son architecture et de son héritage touristique.
https://www.arcachon.com/tourisme/je-decouvre/lieux-dexception/ville-dhiver/ Gallica, Bibliothèque nationale de France : Arcachon, destination santé
Une collection documentaire permettant de découvrir les représentations anciennes d’Arcachon comme station climatique au XIXe siècle.
https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/arcachon-destination-sante L’Histoire par l’image : les frères Pereire
Une analyse historique illustrée permettant de replacer les frères Pereire dans le contexte économique et politique du Second Empire.
https://histoire-image.org/mots-cles/pereire-freres Wikipédia : Frères Pereire
Une synthèse utile accompagnée de nombreuses références bibliographiques pour poursuivre les recherches.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A8res_Pereire Wikipédia : Ville d’Hiver d’Arcachon
Une présentation historique et architecturale du quartier créé sous l’impulsion des frères Pereire.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ville_d%27Hiver Association du Parc Pereire
Une ressource locale consacrée à l’histoire du patrimoine lié aux frères Pereire à Arcachon.
https://www.assoparcpereire.fr/histoire-du-parc Ville Impériale : Arcachon et la Ville d’Hiver
Une approche historique replaçant Arcachon dans le contexte du Second Empire et des villégiatures impériales.
https://www.ville-imperiale.com/villes/arcachon/ville-dhiver-darcachon/ Institut national d’histoire de l’art (INHA)
Une ressource universitaire pour approfondir les recherches sur l’architecture, l’urbanisme et les transformations du XIXe siècle.
https://www.inha.fr/ Archives départementales de la Gironde
Une source primaire pour consulter des documents historiques, plans, archives administratives et fonds liés au territoire girondin.
https://archives.gironde.fr/
La source institutionnelle de référence pour comprendre la création d’Arcachon, la Ville d’Hiver et l’évolution du territoire.
https://www.ville-arcachon.fr/histoire-patrimoine/ Arcachon Destination, la Ville d’Hiver
Une présentation du quartier historique, de son architecture et de son héritage touristique.
https://www.arcachon.com/tourisme/je-decouvre/lieux-dexception/ville-dhiver/ Gallica, Bibliothèque nationale de France : Arcachon, destination santé
Une collection documentaire permettant de découvrir les représentations anciennes d’Arcachon comme station climatique au XIXe siècle.
https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/arcachon-destination-sante L’Histoire par l’image : les frères Pereire
Une analyse historique illustrée permettant de replacer les frères Pereire dans le contexte économique et politique du Second Empire.
https://histoire-image.org/mots-cles/pereire-freres Wikipédia : Frères Pereire
Une synthèse utile accompagnée de nombreuses références bibliographiques pour poursuivre les recherches.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A8res_Pereire Wikipédia : Ville d’Hiver d’Arcachon
Une présentation historique et architecturale du quartier créé sous l’impulsion des frères Pereire.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ville_d%27Hiver Association du Parc Pereire
Une ressource locale consacrée à l’histoire du patrimoine lié aux frères Pereire à Arcachon.
https://www.assoparcpereire.fr/histoire-du-parc Ville Impériale : Arcachon et la Ville d’Hiver
Une approche historique replaçant Arcachon dans le contexte du Second Empire et des villégiatures impériales.
https://www.ville-imperiale.com/villes/arcachon/ville-dhiver-darcachon/ Institut national d’histoire de l’art (INHA)
Une ressource universitaire pour approfondir les recherches sur l’architecture, l’urbanisme et les transformations du XIXe siècle.
https://www.inha.fr/ Archives départementales de la Gironde
Une source primaire pour consulter des documents historiques, plans, archives administratives et fonds liés au territoire girondin.
https://archives.gironde.fr/