Elle charme.
Elle vend un récit.
Mais ce récit est partiel et souvent en contraste avec la vie locale réelle.
Derrière chaque cliché, il y a une tension ; et cette tension mérite d’être nommée.
Une fréquentation record… mais une économie en double vitesse
En 2023, le Bassin a dépassé 2,5 millions de visiteurs, un record historique qui signe une attractivité touristique sans précédent.
Sur cinq ans, la fréquentation a crû de près de 33 % selon les offices de tourisme locaux.
Un chiffre qui scintille sur le papier… mais qui dissimule une réalité plus nuancée : nombreux sont les prestataires qui rapportent une impression de « travailler beaucoup pour peu de résultat », car la hausse des visiteurs n’a pas toujours été proportionnelle à celle du chiffre d’affaires réel.
La dynamique est claire : les flux explosent, les regards affluent.
Mais le pouvoir d’achat et le comportement des visiteurs changent, avec une part croissante d’excursionnistes ou de séjours très courts qui consomment peu localement.
Une économie locale tirée par deux moteurs… qui s’éloignent
Traditionnellement, l’économie du Bassin repose sur deux piliers : l’ostréiculture et le tourisme.
➟ L’ostréiculture, c’est le terrain vivant, l’âme du Bassin : entre 8 000 et 10 000 tonnes d’huîtres produites chaque année dans la baie, qui en font l’un des centres ostréicoles majeurs d’Europe.
Ce travail de l’eau, ce savoir transmis de génération en génération, n’est jamais totalement visible sur les cartes postales : il se joue dans les délais de marée, dans la qualité de l’eau, dans la sensibilité des jeunes naissains aux aléas climatiques et aux pollutions diffuses des enjeux économiques réels qui pèsent lourdement sur la pérennité de cette activité.
➟ Le tourisme, lui, accapare l’attention médiatique parce qu’il génère de la fréquentation, des retombées fiscales et des images faciles à vendre.
Mais ce flux n’est pas sans effet secondaire, il exerce une pression sur
l’environnement l’immobilier l’emploi local. L’envers discret : logement, emploi et vie locale secoués
L’effet touristique ne se limite pas à l’économie. Il s’infiltre dans chaque strate de la vie locale.
Les locations courte durée et la spéculation sur les résidences secondaires réduisent l’offre de logements à l’année.
Là où autrefois une famille locale pouvait s’ancrer durablement, aujourd’hui le marché bifurque vers des biens exploités uniquement en saison, au détriment des populations permanentes.
Ce déséquilibre pousse certains commerces, essentiels au quotidien, à fermer hors saison parce que la demande locale ne suffit plus à les soutenir.
La ville devient un théâtre animé l’été et presque une scène vide l’hiver un phénomène que de nombreux acteurs associent désormais à une « saisonnalisation excessive de l’économie ».
En outre, la structure de l’emploi tourne autour de la saisonnalité, avec des contrats courts et des besoins de main-d’œuvre qui fluctuent semblablement aux marées.
Une identité fragilisée par l’image
Le piège du Bassin d’Arcachon est presque philosophique : il est tellement désiré pour ce qu’il représente qu’on oublie parfois ce qu’il est réellement.
Les images du Bassin vendent une atmosphère immuable, idyllique et lumineuse.
Or l’identité du territoire est en train de se redéfinir sous deux forces contraires : la préservation d’un patrimoine vivant (ostréiculture, villages, savoir-faire) la transformation structurelle impulsée par un tourisme de masse hyper-visible.
Plutôt que d’opposer systématiquement ces deux dynamiques, il faudrait commencer par les confronter honnêtement, les raconter sans artifice : l’une nourrit l’économie, l’autre l’imaginaire collectif. L’une est tangible, l’autre est cinématographique.
Je suis un partisan de l’intelligence collective et je sais que beaucoup diront que je suis un naïf.
A mon sens, plus on échangera avec les touristes (qui rappelons le à ce jour font vivre nos familles) et plus le problème se résoudra parce que ce sont eux en premier lieu qui ont le plus d’impact sur ce qui se passe ici.
On ne peut pas juste les juger et parquer comme des moutons, cette vision politique est bien trop facile (en plus d’être humainement révoltante et injuste)
Les touristes sont la solution, encore faut-il qu’ils soient conscient du problème !
D’où ce premier article sur le sujet.