Il aura fallu trente ans à Furcy pour prouver qu’il était un homme

L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui


Rédigé le Dimanche 27 Septembre 2026 à 09:00 | Lu 93 fois | 0 commentaire(s) modifié le Samedi 19 Septembre 2026 12:36

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Un homme, un procès, trente ans de combat : l’histoire bouleversante de Furcy


L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui
Cette semaine, j’ai lu L’affaire de l’esclave Furcy de Mohammed Aïssaoui au format poche Folio (Gallimard), prix Renaudot de l’essai en 2010, prix RFO du livre et prix du roman historique.

Je m’intéresse à cette période.

Ayant habité 7 ans en Guadeloupe, j’ai été initié par des locaux, et un historien (que je remercie) m’a permis d’en apprendre bien plus encore. Il s’agissait de Marthélus Ladine de Pointe-Noire.

Vous ne pouvez pas imaginer le travail de fou qu’il lui a fallu pour déterrer les bribes d’histoires sur cette période tant les esclavagistes ont tout fait pour ne rien écrire sur les esclaves !

Enfin, et j’en finis, je vous souhaite un jour de vous faire raconter l’histoire de l’esclavagisme par une personne qualifiée et qui ne soit pas parisienne aux yeux bleus…

Dans ce livre, l’auteur, journaliste au Figaro littéraire, Mohammed Aïssaoui, aborde par le vecteur de l’essai, à la frontière entre la littérature et l’enquête, une formidable histoire : celle de Furcy, l’esclave qui intenta un procès contre son maître afin de gagner sa liberté, 31 ans avant l’abolition définitive de l’esclavage.

On découvre dans ce livre tout ce que j’ exergue dans une société : une normalisation de l’exploitation de l’homme par l’humiliation ; une « justice » pour les puissants ; des silences complices sur les responsabilités des uns et des autres.  
Mohammed Aïssaoui a pris le parti de la pudeur. Il écrira même :
« Je n’ai pas à calomnier les personnages comme Desbassayns de Richemont ou Joseph Lory [les puissants esclavagistes de l’île Bourbon, île de La Réunion, de cette époque], ils étaient ancrés dans leur temps et défendaient leurs intérêts. Qu’aurais-je fait à leur place ? Sans doute rien de mieux… »

Wahou.

J’ai dû relire par deux fois ce passage tant il m’a estomaqué !

Et c’est d’ailleurs ma seule critique générale de ce livre : il est abordé avec des pincettes journalistiques qui, pour moi, sont problématiques.

Aïssaoui a utilisé une forme de neutralité documentaire qui protège la complexité historique mais atténue la violence morale du système esclavagiste.

Quand va-t-on mettre de vrais mots sur cette période ?

Pour autant, j’accorde à l’auteur tout le crédit d’avoir travaillé dur pour faire ressortir ce combat. C’était extrêmement fastidieux et courageux tant le sujet a du mal à sortir de sa zone d’ombre.
(Bravo à Abd Al Malik pour avoir fait vivre Furcy à l’écran.)

Je conseille la lecture de ce livre épousant le genre narrative no fiction qui sied tant aux journalistes parce qu’il raconte une histoire humaine tirée de faits réels tellement choquants que vous aurez du mal à passer au livre suivant…


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